|
|
|
|
|
|
© DR - L'AVVENTURA de Michelangelo Antonioni- (1960) p6
27/12/2012 07:54
Tournage
Initialement financé par des maisons de production italiennes, L'Avventura fut tourné dans des conditions extraordinairement difficiles. « L'équipe part pour les îles Éoliennes, archipel faiblement peuplé situé en mer Tyrrhénienne, au nord de la Sicile. (C'est sur une de ces îles volcaniques, Stromboli, que fut tourné le film de Roberto Rossellini.)
L'équipe s'installe sur l'île de Panarea (dépourvue d'électricité, d'eau chaude et de téléphone). Pour le tournage proprement dit, elle se rend quotidiennement à Lisa Bianca, un îlot rocheux désert, privé de ponton, et d'accostage dangereux. En l'absence du yacht qu'on leur avait promis, les acteurs et le matériel, y compris les générateurs électriques, sont transportés dans un vieux canot à rames.
Les producteurs italiens, ne remplissant pas leur contrat, Antonioni et son équipe se retrouvent bientôt échoués à Panarea. De plus, les conditions climatiques se dégradent. Deux techniciens manquent de se noyer. La nourriture et l'eau potable sont insuffisantes.La majorité des techniciens entament alors une grève de protestation. C'est en définitive de France, qu'arriveront les fonds nécessaires à la poursuite de l'entreprise.
| |
|
|
|
|
|
|
|
© DR - L'AVVENTURA de Michelangelo Antonioni- (1960) p7
27/12/2012 08:23
Tournage (suite)
Michelangelo Antonioni dira néanmoins de L'Avventura, qu'elle fut son expérience la plus passionnante. "J'ai vécu cinq mois extraordinaires. [...] Et je crois que cela se sent dans le film. Ce qui me demandait le plus grand effort était de m'isoler de tout ce qui pouvait survenir. [...] on tournait sans producteur, sans argent, sans vivres, souvent en risquant sa vie en mer, où sévissait sans cesse la bourrasque. [...] Nous assistions à des spectacles naturels d'une beauté bouleversante.
Ma tâche consistait à ne faire entrer dans le film que ce qu'il s'avérait nécessaire de retenir, de faire en sorte que le film ait son climat et non celui dans lequel nous vivions. [...] Il faut se souvenir que le metteur en scène est le seul qui doit demeurer constamment lucide, quoi qu'il advienne. Il m'a fallu serrer les dents. Quand le film fut fini, je me suis senti vidé."
| |
|
|
|
|
|
|
|
© DR - L'AVVENTURA de Michelangelo Antonioni- (1960) p8
27/12/2012 08:30
La réception publique et la critique
Michelangelo Antonioni se rend au Festival de Cannes, en 1960, où son film est présenté en avant-première. Au cours de la séance, le film est accueilli par des huées et des sifflets et fait l'objet de moqueries et bâillements d'ennui."Pour nombre de critiques et de spectateurs, le non-respect des conventions du film policier -Antonioni décrit le film comme un giallo in rovescia (polar à l'envers) - est proprement inadmissible."
"Qu'est-ce qui peut autant agacer le public privilégié et, sans doute, peu sophistiqué du festival ? Le rythme du film, sans doute, avec des images qui s'attardent dans la réflexion, sa durée, presque deux heures et demie, ou bien peut-être le fait qu'Antonioni présente un mystère qui ne se voit jamais résolu", écrit Stig Björkman.
Dès le lendemain, cependant, 37 écrivains et artistes, parmi lesquels Roberto Rossellini, adressent à Antonioni une lettre ouverte soutenant son film et désapprouvant les réactions du public.L'Avventura recevra en définitive, le Prix du jury pour sa "remarquable contribution à la recherche d'un nouveau langage cinématogra phique.
Assurant sa propre défense, Antonioni prononcera un discours d'explication lors de sa conférence de presse. Le texte du réalisateur italien"élucidera non seulement ses intentions, mais restera dans les annales comme un document d'une remarquable profondeur intellectuelle, soulignant le fossé entre les progrès de la science et la morale "rigide et stylisée" répandue dans la société moderne [...] »
| |
|
|
|
|
|
|
|
© DR - L'AVVENTURA de Michelangelo Antonioni- (1960) p9
27/12/2012 08:39
La réception publique et la critique
Dans ce texte, Antonioni ne se pose guère en moraliste :"[...] mon film n'est ni une dénonciation, ni un prêche : c'est un récit en images où j'espère qu'il est possible de saisir non pas la naissance d'un sentiment fautif, mais la façon dont aujourd'hui on se trompe dans l'ordre des sentiments", affirme-t-il humblement.
"Nous ne serions pas érotiques, c'est-à-dire malades d'Éros, si Éros était sain, et par sain j'entends juste, ajusté à la mesure et à la condition de l'homme. Il y a au contraire un malaise, et face à tous les malaises l'homme réagit mais réagit mal, sous la seule impulsion de l'érotisme, et il est malheureux.
La catastrophe de L'Avventura est une impulsion de ce genre ; malheureuse, mesquine, inutile", dit-il à propos de l'attitude de Sandro, l'architecte incarné par Gabriele Ferzetti."La conclusion à laquelle parviennent mes personnages n'est pas l'anarchie des sentiments. C'est peut-être une forme de pitié réciproque.
Bien vieille aussi, celle-là, me direz-vous. Mais que nous reste-t-il à faire si nous ne parvenons pas à être différents ?", explique le réalisateur pour évoquer la fin du film où Claudia (Monica Vitti), après avoir découvert Sandro dans les bras d'une prostituée, lui pardonne en le voyant pleurer sur un banc public.
En Italie, L'Avventura sera le premier succès commercial de son réalisateur. Mais, surtout, il recevra le plébiscite de la critique internationale : en 1962, par exemple, le British Film Institute le classe deuxième parmi les meilleurs films de l'histoire du cinéma.
| |
|
|
|
|
|
|
|
© DR - L'AVVENTURA de Michelangelo Antonioni- (1960) p10
27/12/2012 08:48
L'Avventura : essai d'analyse
La notion d' aventure pourrait s'appliquer intégralement au film. Dans un environnement naturel hostile, confronté à des conditions de tournage aléatoires et risquées, le cinéaste italien met en scène, selon ses propres termes"des personnages qui vivent une aventure émotionnelle-elle implique la mort et la naissance d'un amour-une aventure psychologique et morale qui les fait agir à l'encontre des conventions établies et des critères d'un monde désormais dépassé.
*
"Il ne s'agit pas simplement d'une aventure sentimentale, au sens commun de l'expression, mais "d'une prise de risque plus grave qu'implique toute vraie relation amoureuse, en particulier en des temps marqués par la névrose et la dérive spirituelle."
| |
|
|
|
|