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NIGHT & THE CITY (Les Forbans de la nuit) de Jules Dassin (1950)p7
26/03/2013 16:44
Herbert Lom : Kristo et Stanilaus Zbyszko : Gregorius
Deux acteurs épatants qui -selon moi-apportent également un plus au film.
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DVD CLASSIK Analyse (suite)
Acteur qui aura bien d’autres occasions de prouver son immense talent (citons surtout Le Carrefour de la mort de Henry Hathaway, Pick up on south street (Le Port de la drogue!!??) de Samuel Fuller ou La Dernière caravane de Delmer Daves) mais qui est ici au sommet de son art.Nous avons quitté Harry, quelques lignes plus haut, s’engouffrant dans l’entrée d’un immeuble. Il pénètre donc dans l’appartement, se rend compte qu’il n’y a personne, se dirige vers un sac à main, le prend, hésite et va pour finalement y subtiliser quelques billets mais il n’en a pas le temps puisque Mary est derrière lui. Mary est, au contraire d’Harry, un personnage doux et raisonnable qui rêve que ressurgisse du passé cette ‘fraction de temps’ idyllique qui est resté gravée sur une photo qui trône sur un buffet, celle de deux tourtereaux dans une barque,visiblement amoureux et heureux.
C’est l’harmonie et le calme que recherche Mary. Quelle plus belle preuve d’amour pourrait-elle offrir à Harry que sa patience et sa tolérance envers lui ! Aucun romantisme là dedans : son rêve est aussi simple que de pouvoir se retirer à la campagne et de vivre sereinement. C’est la dernière chance d’Harry mais il ne s’en rend pas compte, déjà absorbé dans la spirale infernale du mouvement constant.Mary est la première à se rendre compte qu’il est déjà trop tard et sa lassitude se fait sentir dans sa manière de marcher, de s’asseoir et d’attendre son homme toujours parti par monts et par vaux, sans conviction qu’il puisse se poser un jour.Elle essaie alors de trouver réconfort (platonique) et refuge chez son voisin du dessus, modeste artiste (Hugh Marlowe) qui donne d’Harry la définition suivante : "An Artist Without an Art."
Mary, c’est Gene Tierney dans un rôle plus restreint qu’on aurait souhaité mais d’une importance primordiale et surtout très reposant pour le spectateur qui peut, lorsqu’elle est à l’écran, reprendre son souffle et sortir la tête hors de l’eau trouble qui l’entoure et le submerge.On se dirige désormais vers le lieu glauque dans lequel nos deux amants travaillent : le Silver Fox. Ici, Helen Nooseroos donne les dernières consignes à ses ‘girls’ avant l’ouverture du cabaret, soutirer aux clients le plus de liquidité possible, les laisser rentrer chez eux une fois seulement les poches vides.Elle a l’air très à son aise, bien d’aplomb lorsqu’il s’agit de donner des ordres. Mais gérer le Silver Fox avec son époux ne lui suffit plus.
Femme frustrée et cupide, elle n’a qu’une idée en tête, se faire la malle et aller ouvrir son propre établissement.Pour cela, elle est prête à tout et, à force de persuasion, de séduction et de chantage, pense se servir de Harry Fabian pour atteindre son but. Mais il ne faut surtout pas s’accrocher à ce mort en sursis !Phil, son mari obèse, aime toujours sa femme et sa jalousie est maladive ; c’est d’ailleurs cette jalousie qui déclenchera le piège fatal qui le mènera aussi à sa perte. Effectivement, il se révèlera finalement plus faible qu’on aurait pu croire .Le retour au foyer d’Helen après qu’elle se soit rendue compte qu'elle s'est fait rouler dans la farine par Harry Fabian est peut-être la séquence la plus noire, désespérée et ironique du film mais que je ne me permettrais pas de vous dévoiler ici.(Super!... merci)Seul Orson Welles arrivera à atteindre un tel niveau de noirceur dans un film qui doit beaucoup à celui de Dassin par son baroquisme nihiliste, La Soif du mal.
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NIGHT & THE CITY (Les Forbans de la nuit) de Jules Dassin (1950)p8
26/03/2013 16:54
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NIGHT & THE CITY (Les Forbans de la nuit) de Jules Dassin (1950)p9
26/03/2013 16:59
DVD CLASSIK Analyse (suite)
Le couple est interprété par une Googie Withers étonnante en femme entièrement mauvaise, incarnant la garce typique du genre, et par un Jack L. Sullivan, moins connu que Sidney Greenstreet dans le même style de rôle mais tout aussi inoubliable. Grâce à son talent, on arrive à le prendre en pitié lorsque sa femme le quitte, qu’il se dit qu’elle lui reviendra inévitablement et qu’il acceptera alors de la reprendre. Mais Dassin se sert tout autant de ses qualités d’acteur que de son physique écrasant : il est filmé de telle sorte que son embonpoint mange tout l’écran et qu’il comprime les autres personnages par ses postures : contres plongées mais aussi placements dans le cadre comme ce plan extraordinaire et totalement fixe qui voit le gros homme assis en premier plan et qui parle de loin avec Gene Tierney placée, elle, en retrait dans le fond de l’écran mais très nette grâce à la profondeur de champs.
Discussion banale qui est d’ailleurs à l’origine du sentiment d’empathie que nous commençons à éprouver pour le gros homme malgré qu’on se doute qu’il sera sans pitié pour ses ennemis.N’était-il pas aussi question de combats de lutte au centre de l’intrigue ? Nous y venons avec la présentation des deux derniers personnages qui finissent de compléter le tableau des rôles principaux. D’un côté le père, Gregorius, qui, hormis Mary, est le seul protagoniste entièrement positif du film, « The Honorable Man » plénipotentiaire des valeurs, de l’honneur et la dignité de l’ancienne génération, du vieux monde.
Trop positif d’ailleurs pour pouvoir survivre au milieu de ces ‘forbans de la nuit’. Il représente le noble art de la lutte gréco-romaine face à la pseudo-lutte,spectacle commercial (le catch ?) qui l’a détrôné, qui fait désormais fureur à Londres et dont les combats sont organisés par son propre fils, Kristo, mafioso par dessus tout.Kristo, c’est le futur et hilarant Dreyfus de la série des Pink Panther de Blake Edwards, Herbert Lom. Ici, d’une belle sobriété, assez inquiétant mais malgré tout nous octroyant lui aussi sa séquence émotion : difficile de ne pas avoir la gorge nouée lorsque nous le surprenons en pleurs dans les bras de son père.
Pour le rôle de Gregorius, Jules Dassin décide de faire appel à Stanislas Zbysko, 70 ans, qui était champion du monde de lutte gréco-romaine à l'époque où le cinéaste avait cinq ans Mais Zbysko est inconnu des habituels agents et plusieurs de ceux-ci lui disent même qu’il est mort depuis longtemps.Dassin insiste et quelqu'un retrouve enfin sa trace. Dassin comprend que c'est exactement le personnage dont il a besoin et nous ne pouvons que l’approuver vu le résultat à l’écran.
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NIGHT & THE CITY (Les Forbans de la nuit) de Jules Dassin (1950)p10
26/03/2013 17:05
Tous les acteurs de second plan ont été vraiment bien choisis
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NIGHT & THE CITY (Les Forbans de la nuit) de Jules Dassin (1950)p11
26/03/2013 17:12
DVD CLASSIK Analyse (fin)
Son combat avec ‘L’Etrangleur’ demeure une séquence anthologique par sa violence brutale et bestiale, la bataille de deux taureaux furieux qui semble ne jamais vouloir finir, pour le spectateur non plus qui se sent vite étouffé tellement ce combat est filmé au plus près des corps et des visages.Fulgurant et éprouvant, assez unique pour l’époque.Mais sans ‘la chasse aux sorcières’, aurions nous pu être témoin de cette œuvre fulgurante ? Peut-être sous la direction de Jacques Tourneur (comme il avait été prévu dans un premier temps) mais il aurait très certainement eu un style totalement différent.
Pour protéger son ‘poulain’ et ami, Daryl Zanuck, content de ses précédents films, décide d’envoyer Jules Dassin en Angleterre afin qu’il ne soit pas ennuyé ni persécuté par la Commission des Activités Anti-américaine car il était en très ‘bonne’ position sur la ‘Liste Noire’. «Fous-moi le camp à Londres et vite ; il y a un film à tourner là-bas » lui dira t’il. Night and the City sera donc son premier film après son départ forcé des USA, un complément à ses films noirs américains : Brute Force, The Naked City et Thieve’s Highway.Il n’y reviendra plus et malheureusement n’atteindra jamais plus le même niveau d’excellence même si Du Rififi chez les hommes et Jamais le dimanche se laissaient voir sans déplaisir.
De toute sa filmographie, Les Forbans de la nuit est sans aucun doute son œuvre la plus intense et la plus réussie. Son mélange de réalisme (vision quasi documentaire de la vie et de la faune londonienne ;âpre description des protagonistes)et d’onirisme (expressionnisme des décors ,de la photographie) en font une œuvre baroque, presque ‘fellinienne’ avant l’heure, proche de la tragédie grecque qui rappelle un peu les films de Carol Reed (surtout le superbe Huit heures de sursis) et annonce, comme nous l’avons déjà évoqué, ce sommet ‘Wellesien’ qu’est Touch of Evil.Jules Dassin (tout comme Welles en 1958) dévoile, sans aucun romantisme, un pessimisme fondamental sombre et sans espoir sur les vertus de l’homme, toujours prêt à trahir comme il aura pu l’expérimenter lui-même à cette période noire du maccarthysme.
Il utilise un découpage serré, nerveux, des cadrages inhabituels, un style paroxystique et une photographie qui résulte aussi bien de l’influence américaine qu’européenne.La très grande habileté du scénario de Jo Eisinger provient du fait que, après avoir établi la formidable capacité de cet individu à tricher, il divulgue progressivement la machiavélique manœuvre dont est victime ce manipulateur qui semblait devoir mener le jeu et qui se fera prendre à son propre piège, la roublardise ne pouvant pas pleinement prendre le pas sur la naïveté.Le tout enrobé par la composition extraordinaire de l’immense Franz Waxman, stridente, exacerbée, syncopée et l’admirable photographie de Max Greene… Un chef-d’œuvre du genre, un film noir de chez noir !
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