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 CINEMA :Les blessures narcissiques d'une vie par procuration
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CINEMA :Les blessures narcissiques d'une vie par procuration

VIP-Blog de tellurikwaves
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  • Créé le : 10/09/2011 19:04
    Modifié : 09/08/2023 17:55

    Garçon (73 ans)
    Origine : 75 Paris
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    © DR -DIVA de J.Jacques Beineix (1981) p37

    29/08/2013 09:56

    © DR -DIVA de J.Jacques Beineix (1981) p37


     

    Roger Ebert (fin)
     
    Most thrillers have a chase scene, and mostly they're predictable and boring. DIVA's chase scene deserves ranking with the all-time classics, "Raiders of the Lost Ark", "The French Connection", and "Bullitt". The kid rides his motorcycle down into the Paris Metro system, and the chase leads on and off trains and up and down escalators. It's pure exhilaration, and Beineix almost seems to be doing it just to show he knows how. A lot of the movie strikes that note: Here is a director taking audacious chances, doing wild and unpredictable things with his camera and actors, just to celebrate moviemaking.
     
    There is a story behind his ecstasy. Jean-Jacques Beineix has been an assistant director for ten years. He has worked for directors ranging from Claude Berri to Jerry Lewis. But the job of an assistant director is not always romantic and challenging. Many days, he's a glorified traffic cop, shouting through a bullhorn for quiet on the set, and knocking on dressing room doors to tell the actors they're wanted. Day after day, year after year, the assistant director helps set up situations before the director takes control of them. The director gives the instructions, the assistant passes them on. Perhaps some assistants are always thinking of how they would do the shot. Here's one who finally got his chance.





    © DR -DIVA de J.Jacques Beineix (1981) p38

    29/08/2013 10:10

    © DR -DIVA de J.Jacques Beineix (1981) p38


     

    Rencontre avec Jean Jacques Beineix (version intégrale)
    Propos recueillis par Frédéric Mignard,le 18/4/2006
     
    L’interview intégrale de l’un des derniers génies du septième art français, totalement égocentrique, mais carrément fascinant.Beineix est un sacré metteur en scène. Adulée par des puristes de l’image dans le monde entier, son œuvre a quelque chose de divin. Dans la forme et le fond, son travail semble touché par la grâce...
    *
    Enfant prodige des années 80, il a su dès son premier long métrage, Diva, imposer sa patte et devenir le cinéaste emblématique d’une décennie et d’une génération, Carax et Besson arrivant quelques années après. Pointilleux, exigeant et obstiné, il ne pouvait que susciter des passions et des haines. L’œuvre de Beineix a ainsi connu des échecs cinglants souvent surlignés par une critique enragée. La guerre avec les critiques n’a depuis jamais cessé. Vingt-trois ans après La lune dans le caniveau qui se faisait démonter à Cannes, le réalisateur paie encore les frais de ses audaces. Nostalgique, remonté, paranoïaque et clairvoyant, l’ancien jeune premier du cinéma français qui aimerait refaire le système se dévoile dans une interview carrière. Un grand moment avec l’un des derniers génies du septième art français, un artiste, un vrai.
     
    Début d’interview. Jean-Jacques Beineix découvre le site "aVoir-aLire" sous mes yeux. Moment émouvant pour moi, il le range dans ses favoris, puis se rend compte de la présence de notre rubrique bande dessinée. Il me pose la question qui fâche...





    © DR -DIVA de J.Jacques Beineix (1981) p39

    29/08/2013 15:13

    © DR -DIVA de J.Jacques Beineix (1981) p39


     

    Jean-Jacques Beinex ,la bédé vous l’avez déjà traitée ? (Beineix a sorti le deuxième tome de sa bande dessinée L’affaire du siècle en début d’année, ndlr.)
     
    Non. Vous savez je ne suis pas trop l’actualité de la rubrique BD, mais en même temps je crois que l’équipe BD n’a pas vraiment adhéré.Le monde de la bédé a été très hostile parce qu’on venait du cinéma. Il y avait des choses justes, mais en même temps...
     
    Mais vous avez l’habitude des hostilités.
     
    Oui (dit-il, pensif). Mais en même temps, la critique a été pire que jamais. Mais ils se sont trompés d’adresse. Je n’ai pas dit mon dernier mot.
     
    En bédé ?
     
    C’est mal me connaître, je ne suis pas quelqu’un qui abdique. Au contraire, ils m’ont même galvanisé. Il y avait tellement de choses injustes et non rigoureuses dans le procès qui nous a été fait, même vis-à-vis de notre dessinateur. J’en lis des bédés, j’observe, je lis des critiques de bédés. J’ai vu ce que les critiques peuvent écrire. Ce qu’ils ne savent pas, c’est que j’ai tout noté, et je m’en occuperai en temps et en heure, juste pour le plaisir dialectique de démonter un système, voir comment se font les rumeurs, ce qu’est un spécialiste, pourquoi il y a tant de radicalité, et pourquoi on n’avance pas plus.
     
    -Après plus de dix années d'assistanat, comment s'est opérée votre entrée dans le métier ?
     
    Et bien au cours de ces douze années passées à monter chaque échelon de l'assistanat, c'est à dire tout d'abord troisième assistant, puis second assistant et enfin premier assistant ou assistant-réalisateur, j'avais fait le tour de la question. Il faut savoir qu'à cette époque ça marchait comme ça, ce n'est pas comme maintenant où certains réalisent un court ou un long métrage sans aucune expérience préalable. A l'époque vous étiez obligé de commencer tout en bas de l'échelle. De plus être assistant ça voulait dire savoir tout faire, gérer les plannings, les techniciens, préparer le matériel, etc. Au bout d'un moment j'en avais fait le tour et je me sentais prêt. J'étais pourtant bien payé, très bien même, mais le désir de réaliser mes propres films était plus fort. Certains restent assistant-réalisateur toute leur vie, pour ça il ne faut pas être frustré, ça peut être très dur à supporter. Moi je voulais prendre des risques. Après L'animal de Claude Zidi en 1977, j'ai passé un an à monter mon premier projet de court-métrage, Le chien de Monsieur Michel. J'en avais bavé puis j'ai passé une année sans rien faire alors j'ai refait un film en tant qu'assistant, mais ce fut celui de trop. Mon premier court-métrage c'était un peu faire mon chef d'oeuvre, au sens du campagnonage, c'est-à-dire une oeuvre réalisée par vos soins qui soit comme une synthèse de tout le savoir-faire acquis durant toutes ces années. Un aboutissement de l'apprentissage. 
     
    -Qu'avez-vous appris des réalisateurs avec lesquels vous avez travaillé ? Certains ont-ils modifié profondément votre point de vue sur le métier ?
     
    Chaque réalisateur m'a apporté quelque chose, je n'ai pas un exemple plus significatif qu'un autre. J'ai de grands souvenirs sur chacun des tournages auxquels j'ai participé. 
     
     
     
    -Dans votre filmographie j'ai remarqué que vous aviez travaillé pour Jerry Lewis en 1972 pour The day the clown cried...
     
    Oui, c'est un film que peu de gens connaissent. Jerry Lewis n'a pas réussi à le distribuer tout de suite, il a dû attendre quelques années je crois. Mais c'était un tournage très court, une dizaine de jours sur Paris. J'ai été impliqué sur ce projet par le chef-op du film que je connaissais. Jerry Lewis, c'est un véritable monstre de scène, il faisait son show à chaque instant, il ne s'arrêtait jamais. Là j'ai appris combien un réalisateur pouvait se mettre en scène. 
     
     
    Vous aimez bien répondre à vos détracteurs.
     
    Oui, c’est peut-être un tort. Peut-être que je perds du temps, mais en même temps j’en gagne peut-être.
     
    Revenons à votre actualité immédiate, la Nuit & Masterclass au Grand Rex. Comment est né ce projet ?
     
    Jean-Jacques Beineix : A vrai dire je n’y suis pour rien.
     
    Mélanie Alves de Sousa (son attachée de presse) : Je peux répondre pour Jean-Jacques. Il n’y est pour rien. Dark Star a monté ce projet. On voulait commencer en mai ou en juin, les vingt ans de 37°2 le matin sont arrivés. Comme on travaille régulièrement avec Jean-Jacques et que c’est un cinéaste qu’on aime, on s’est alors dit pourquoi ne pas faire la première à l’occasion des 20 ans de 37°2, qui est un grand film populaire, et de proposer la version intégrale que le jeune public n’a pas vue.
     
    La Nuit & Masterclass va vous donner l’occasion de toucher un nouveau public. 
     
    Ça, on verra. Je le souhaite, bien entendu. Idéalement, j’aimerais que ce soit le Bal des Débutantes. Qu’il n’y ait que des filles de vingt ans, car cette nuit, c’est un peu la leur. Mais il y aura également plein de gens de 30/40 ans qui vont avoir envie de se souvenir, des gens qui ont vécu des histoires d’amour avec 37°2 le matin. Ce film a changé la vie de certaines personnes. J’en suis moi-même le premier surpris. Mais en même temps, je ne le suis qu’à moitié, puisque certains films ont changé la mienne également. Il ne faut pas sous-estimer le rôle du cinéma dans notre société.
     
    J’ai moi-même 32 ans. J’ai grandi avec votre œuvre. Dans les années 80, c’était alors votre grande époque. Vous enchaîniez les films. Diva, votre premier long, reste probablement le plus beau à mes yeux, l’œuvre charnière qui marque la grande entrée du cinéma français dans les années 80. Pourtant, c’est le grand absent de cette soirée. Est-ce dû à un problème de droit ?
     
    C’est très simple, autant en parler. (Il prend un ton grave.) Si cette nuit est possible, c’est grâce à l’élégance d’un monsieur qui s’appelle Nicolas Seydoux. Pourtant, ce n’est pas faute de m’être battu avec les gens de Gaumont. A une époque, on s’est jeté les meubles et les chaises à la figure. On a divorcé, on s’est quittés... Mais Gaumont, cela reste Gaumont. Et à la tête de cette major française, il y a un monsieur qui s’appelle Nicolas Seydoux, un gentleman. Et puis, il y a un autre film qui s’appelle Diva, un succès tout aussi important que celui de 37°2, un succès mondial, qui a changé cinq fois de propriétaire. Il y a eu Irène Silberman, puis Serge Silberman, puis Lumières, la Caisse des Dépôts, puis UGC DA, puis Canal Images. Et le film n’a pas cessé de se détériorer et d’être vendu comme des petits pois. Packagé comme au marché aux esclaves, vous savez, quand on mettait une belle fille ou un beau mec en avant et qu’on vendait plein de gâteux avec. Cela a été horrible ce qu’on a fait à ce film ! Et le plus formidable, c’est que "le pharmacien", le patron de canal qui vient de la pharmacie, a re-mixé le film, sans mon autorisation. (Une mention spéciale à Bertrand Meheut, le PDG de Canal Plus qui vient d’Aventis, ndlr.)
     
    Un DVD de Diva est déjà disponible en France...
     
    Oui, dans lequel il est dans sa version française, mais aux USA ils ont donné le droit à une société américaine de re-mixer la bande son. Et pour que cela se fasse Canal Images a dû donner les éléments pour permettre un tel re-mixage, sans mon autorisation. Ce sont donc eux contrefacteurs. Il y a une contrefaçon !Comment voulez-vous qu’à notre époque on demande aux jeunes de ne pas télécharger après ! On fait de grandes campagnes contre la contrefaçon alors qu’une boîte comme Canal Images est elle-même contrefactrice. Je suis désolé, il y a quelque chose qui ne va pas. C’est la raison pour laquelle nous sommes en procès. Et je ne lâcherai pas l’affaire, car c’est une question fondamentale de respect des œuvres. Ce combat, je ne le mène pas seulement pour moi.
     
    Diva est un film ou l’on parle justement de l’œuvre, du copyright, de la duplication. C’est le sujet même du film ! (Il s’énerve.) Et ce studio va donner l’autorisation aux Américains de re-mixer en 5.1 !!! Et comment on fait du 5.1 avec des éléments mono. Vous pouvez m’expliquer cela ? Comment fait-on ?!!! C’est mentir aux acheteurs. On met 5.1 stéréo sur la jaquette alors que ce n’est pas de la stéréo au sens propre. C’est un artifice qui fait illusion et qui dénature complètement la bande sonore. Canal Plus est une société française, donc de droit français, et s’il y a quelqu’un quelque chose qui est bien incessible et inaliénable, c’est le droit moral de l’auteur. Or ici, il a été bafoué ! Et en plus on a menti et on a trafiqué. Alors on va devant le juge et le juge va dire le droit.
     
    Et donc si le film est absent de cette soirée, c’est à cause du "pharmacien". Et si le film est absent du coffret qui va sortir, c’est encore à cause de lui et de tous ces semblables qui sont en train de foutre en l’air des siècles de savoir et de connaissances par appât du gain. Alors il faut que de temps en temps il y ait quelqu’un qui se lève et qui dise non, cela suffit. Quelqu’en soit le prix. Alors comme je ne suis pas quelqu’un qui va dans la rue, qui brûle les voitures, et bien je vais devant les tribunaux.
     
    Tout ce que vous me dites est frustrant. Diva, c’est justement le film par excellence qu’on aimerait revoir dans des conditions optimales.
     
    Alors faites savoir ce qui se passe. C’est quand même un cas d’école. On n’a pas le droit de faire ce qu’ils ont fait. Mais en plus ce qui est intéressant, c’est comment ils l’ont fait et comment ils se justifient, car les raisons qu’ils invoquent sont pathétiques. C’est pour ça que je ne veux pas les lâcher, et je ne les lâcherai pas. Assez parlé d’eux !
     
    Exactement, parlons de votre coffret DVD qui va sortir en fin d’année. Pour quelle raison la plupart de ces films sont restés inaccessibles aussi longtemps.
     
    C’était dû malheureusement au différend qui m’opposait à Gaumont. Ces derniers ne voulaient pas les sortir. Ils considéraient que c’était des films qui n’avaient pas fait suffisamment d’entrées et qu’ils n’en valaient pas les frais. C’est ce qu’on m’a écrit.
     





    © DR -DIVA de J.Jacques Beineix (1981) p40

    29/08/2013 15:28

    © DR -DIVA de J.Jacques Beineix (1981) p40


     

    Vous avez complètement supervisé cette édition ?
     
    Bien sûr ! C’est la raison pour laquelle je rends hommage à Nicolas Seydoux, car il n’était pas derrière cette histoire-là. Il est bien au-dessus de ça. Il a malheureusement laissé des gens décider un moment donné, des gens qui ont été remerciés depuis. C’est que depuis on a fait le ménage chez Gaumont. Et maintenant, les choses ont l’air de partir sur un autre pied. Je suis allé trouver Nicolas, et on s’est entendus entre hommes, chose que je ne peux pas faire avec "le pharmacien". Je lui ai demandé de me laisser exploiter mes films moi-même, pour le bien commun. Je suis producteur de ces films ! On a donc fait ce travail d’édition à notre manière, et cela sera, cela doit être, aussi exemplaire que possible.
     
    Est-ce que vous proposerez d’autres versions que celles exploitées en salles ?
     
    Il y aura tous les films, sauf Diva, à moins que d’ici là la justice ne tranche et me donne raison. Et dans ce cas à ce moment là, il y aura Diva. Il y aura la version longue de Roselyne et les lions, de 37°2 le matin et La lune dans le caniveau sera dans la version la plus longue que nous ayons pu trouver, mais il n’y aura pas sa version intégrale pour la simple et bonne raison que tout est passé au pilon par les employés de la Gaumont à l’époque. Malheureusement je n’avais pas la possibilité de vérifier ces choses-là. Une heure trente de film monté à été détruit alors. On n’avait pratiquement un film de 3h45. Certains l’ont vu et pourront témoigner. Il y avait des choses magnifiques...
     
    Je suis dépité, c’est un film magnifique ! Dans les années 80, vous étiez le jeune premier du cinéma français. Il y avait une forte pression autour de vous à chacune de vos sorties. Vous apparteniez, à l’instar de Carax ou Besson, à une nouvelle vague de talents avec qui vous partagiez un goût pour le cinéma ultra-stylisé. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur ce style de cinéma ?
     
    Si vous regardez 37°2 par exemple, vous remarquerez qu’il n’est pas si stylisé que cela en définitive. Si cela avait été le cas, il n’aurait pas connu un tel succès public. La stylisation c’est une espèce de distanciation par rapport à la réalité, c’est un mécanisme plaqué sur du vivant alors que 37°2 est très humain, il y a beaucoup d’émotion. On a dit que c’était aussi le cinéma de l’émotion. La stylisation peut-être, mais avec beaucoup d’émotion.
     
    Oui, mais le film précédant 37°2, La lune dans le caniveau était le parangon du cinéma ultra-stylisé avec ses éclairages et ses décors quasi-oniriques et surréalistes que certains qualifierait d’artificiels. Ne vous êtes vous pas assagi sur le style avec 37°2 en réaction à l’acharnement critique que vous aviez subi au moment de la sortie de La lune ?
     
    Oui, mais il ne pouvait pas y avoir de succès public possible dans les circonstances dans lesquelles La lune est sorti. Il faut reprendre le contexte. Personne ne va aller voir un film dont on a dit autant de mal.
     
    Le film avait été projeté à Cannes...
     
    Il y avait été sifflé par les critiques. Les papiers étaient tous plus violents les uns que les autres. Et surtout les papiers n’attaquaient pas le film, mais son réalisateur. J’étais le cocu, le con du dîner. Et on ne va pas voir le film d’un con.
     
    C’est un peu le revers de la médaille. On vous avait tout donné avec Diva et on voulait tout vous reprendre avec La lune...
     
    Mais non, on ne m’avait rien donné pour Diva. Erreur !
     
    Les Américains avait relancé la carrière du film...
     
    Ah oui, les Américains m’ont donné, mais pas les Français. Le public français m’a donné, mais un an après. Il a fallu que le film soit ressorti du tombeau. Mais les critiques, eux, ils ne s’en sont jamais sortis de ce camouflet. C’était une baffe pour eux.
     
    Quand on voit la flamboyance et la grandiloquence de La lune, qui comprend quelques-uns des plus beaux plans de l’histoire du cinéma français, on se dit qu’un tel rejet tient de l’acharnement médiatique bête et méchant. Peut-être pouvait-on vous reprocher l’absence de récit ?
     
    Vous avez lu le livre de David Goodis dont je me suis inspiré ?
     
    Non, je ne l’ai pas lu.
     
    Eh bien lisez-le. C’est du Pulp fiction ! Du vrai cinéma d’atmosphère. C’est Kubrick qui donne la plus belle illustration de ce cinéma là. Il y a un certain cousinage avec le cinéma de Kubrick. Si vous regadez Eyes wide shut, il y a aussi ce côté surréaliste. Cette histoire qui n’en est pas une... Et pourtant on reste collés à l’écran. A l’époque les "kubrickiens" commençaient à faire la fine bouche. Or si vous le revoyez, comme moi je l’ai revu, vous verrez de quoi je parle. C’est un film qui me scotche à l’écran de la même manière. J’ai revu tous les Kubrick plusieurs fois, des dizaines de fois ! Je les connais par cœur. On apprend à travers son œuvre que le cinéma, ce n’est pas forcément raconter des histoires, mais c’est aussi passer par une information visuelle pour entrer dans un univers. Une fois happé par cet univers on vit une expérience, cela s’appelle l’art visuel. Nous sommes d’accord. La lune dans le caniveau appartient à l’art visuel, et tous mes films sont des films d’art visuel. L’histoire n’y est pas l’élément moteur. Mais encore une fois qu’est-ce qu’elle raconte l’histoire de The shining ? Eh bien, elle n’est pas si fantastique que cela. On est intéressé par autre chose. Même chose avec Full metal jacket. Il n’y a pas d’histoire. Ce sont juste des gens qu’on entraîne à devenir des soldats, on leur désapprend l’humanité pour leur apprendre des gestes de soldats commandos. Quand vous revoyez le film, vous vous apercevez que les autres films de l’époque sur le Vietnam ont tous vieillis, tous, à peu de choses près, et Full metal jacket, lui, brille encore.
     





    © DR -DIVA de J.Jacques Beineix (1981) p41

    29/08/2013 15:53

    © DR -DIVA de J.Jacques Beineix (1981) p41


     

    Dans La lune dans le caniveau, vous vous offriez deux grandes stars, Nastassia Kinski et Gérard Depardieu, qui va dénigrer le film...
     
    Oui, ça aussi, ça aide. C’est "la lune dans l’ego", il dit que je suis un fou, un maniaque... Ce qui est drôle, c’est qu’on s’est parfaitement entendus pendant le tournage.
     
    Vous avez refusé de prendre des stars pour les premiers rôles de 37°2 le matin. Etait-ce encore une fois en réaction à La lune ?Il n’y avait pas de stars pour 37°2.Dans le making of du DVD, quelqu’un parle d’Isabelle Adjani. Elle aurait souhaité faire le film, et vous auriez refusé de l’engager.
     
    Oui, sous réserve que cela soit vrai. J’y mettrais un point d’interrogation. Mais je pense qu’effectivement elle voulait le faire et qu’il y avait des gens qui étaient là pour qu’elle le fasse. Mais c’était de bonne guerre. Personnellement j’ai énormément d’admiration pour elle. Admettant qu’elle ait vraiment voulu interpréter le rôle de Betty, il ne faut pas dire des chosestant qu’on ne peut pas les prouver. Moi je peux dire cela, et je pense que c’est vrai. Et elle aurait eu bien tort de ne pas avoir envie de le faire. C’était un rôle en or.Elle en était tout à fait capable. Après tout, le personnage de Betty n’est pas si éloigné de celui qu’elle interprètait dans L’été meurtrier trois ans auparavant.C’est la raison pour laquelle je n’ai pas voulu d’Adjani. Je me suis dit qu’on allait m’accuser d’aller dans ce sens. Je voulais une inconnue.Il n’y avait pas de noms célèbres au générique. Philippe Djian sortait de nulle part. Il se trouvait que moi je le connaissais. J’avais déjà lu ses livres. Ce n’était pas du tout un inconnu pour moi. Il existait à mes yeux. En plus, ce qui est drôle, quand on prend le livre de Djian, il y a une phrase en exergue. Elle est signée Richard Brautigan. Peu de gens savent qui il est.(Génial) Djian, lui, le savait. En revanche, ce qu’il ne savait pas, c’est qu’un an auparavant, Brautigan, qui est l’une des icônes du roman américain, était venu à Paris. Il avait posé alors deux conditions à Christian Bourgois, faute de quoi il ne venait pas. Il avait demandé un billet pour Tokyo et à rencontrer Jean-Jacques Beineix. On a passé une journée chez son traducteur qui s’en souvient encore. Nous sommes repartis avec une bouteille de saké et nous avons bu jusqu’à six heures du matin. Trois ans après, il s’est mis une balle de 44 Magnum dans la tête. Evidemment ce n’était pas à cause de moi (rires). Il avait vu Diva cinq fois, et c’était le film le plus génial pour lui. Alors quand sur le manuscrit j’ai vu Richard Brautigan, je me suis dit, tiens c’est marrant ! J’avais déjà lu Bleu comme l’enfer de Djian auparavant.
     
    Qui avait été adapté au cinéma la même année...
     
    Oui, et vous savez pour quelle raison il avait été adapté au cinéma, c’était parce que je l’avais envoyé à un agent littéraire qui s’appelle Suzanne Rossignol. Elle est encore vivante et elle peut en témoigner. Je lui ai envoyé pour une simple raison, car Suzanne Rossignol m’avait fait connaître Diva. Par la suite, elle m’a envoyé le roman de Mark Behm, L’affaire du siècle que j’ai voulu adapter par la suite au cinéma. Comme j’avais signé un contrat avec Paramount et que les Américains estimaient qu’ils n’avaient pas à passer par un agent français comme elle, ils sont passés directement par l’agent américain de Marc Behm. J’avais donc une dette envers elle. Pour la remercier, je lui ai envoyé le roman de Djian qu’elle ne connaissait pas ; elle l’a lu et l’a vendu à Boisset qui a réalisé l’adaptation cinématographique.
     
    Parlons de 37°2 le matin, c’est un succès magnifique alors que la crise du cinéma démarrait.
     
    Oui, mais personne ne s’en rend compte à se moment-là.
     
    Mais quand on analyse le box-office de cette époque, 37°2 fait partie des rares succès français du moment.
     
    Oui, c’est un succès. D’ailleurs, je me souviens d’être revenu d’une tournée triomphale des USA et d’avoir lu dans un journal que Betty blue (titre américain du film, ndlr) était un semi-échec aux USA, alors que je revenais des USA et que j’avais dû parcourir quarante villes, de Denver, en passant par Chicago ! J’ai essayé de retrouver l’article, mais je ne l’ai pas retrouvé. Je tiens à ce que les choses soient dites (il s’énerve à nouveau), car le temps efface la vérité et finalement ce sont les chroniqueurs qui font l’histoire, et on a fabriqué mon histoire. C’est pour cela que je veux la raconter et que j’ai entrepris d’écrire un livre de mémoires car il y a peu de cinéastes qui ont été autant aimés et surtout détestés, qui ont fait à la fois des succès internationaux et qui en même temps n’ont pas le droit de cité dans leur propre pays, vraiment.
     
    Vous aviez même un moment donné un projet avec Madonna...
     
    Mais oui, elle rêvait de faire un remake de 37°2. C’est aberrant de dire que 37°2 n’a pas marché aux USA. Ce film compte parmi les vingt plus grosses recettes de films étrangers aux USA ces trente dernières années. Depuis, certains ont fait encore mieux, comme Amélie Poulain...D’ailleurs Diva avait fait plus d’entrées que 37°2 aux USA. Diva, c’est énorme.
     
    Deux versions de 37° 2 le matin figurent sur le DVD qui va sortir en mai. La version cinéma, que je trouve sympathique, et surtout la version longue qui, et sur ce point je vous rejoint, est la bonne version du film. On peut trouver le procédé de la version longue opportuniste, mais ici il s’impose vraiment.
     
    Ce n’est pas opportuniste. Je ne suis pas un opportuniste. Je ne refourgue pas des processus et des procédés. Aujourd’hui on vous invente une version intégrale en ajoutant dix minutes de métrage,un peu de musique et on va vous dire que c’est la version intégrale ! Je déteste cette façon d’être. C’est valable partout, dans la boxe, l’immobilier, dans l’art... Il y a des millions de gens qui fonctionnent comme ça. C’est tout un système. On appelle cela la cuisine nouvelle car on a rajouté deux ou trois trucs, mais en réalité, le public est capable de faire la différence. Il voit que c’est de l’extrapolation, du rajout.La version longue de 37°2 est cohérente, cela se voit. On y a passé trois mois dessus. Ca avait coûté trois millions de francs à l’époque. C’était de l’argent qu’on aurait pu se foutre dans la poche. Mais on ne l’a pas pris. Vous savez combien j’ai gagné sur la version intégrale à l’époque ? deux cent mille francs, tout le reste est passé dans le montage. Qui fait ça ? J’avais fait un film qui était milliardaire mais personne n’avait vraiment envie que je fasse cette version intégrale. J’ai dû me battre pour la faire, négocier moi-même chez Canal Plus, chez René Bonnel qui m’a donné trois millions trois cent mille francs pour la faire.
     
    Et le succès de la version longue du Grand bleu, cela n’a pas facilité le projet ?
     
    Ça n’a rien à voir. Demandez aux gens de vous parler de la version longue du Grand bleu et de celle de 37°2. Ce dernier n’a jamais cessé d’être à l’affiche dans le monde entier depuis vingt ans. Il est actuellement disponible en DVD aux USA chez Columbia. Il a fait un million deux cent mille dollars en chiffre d’affaire pour sa première année d’exploitation .
     
    Impressionnant.
     
    Oui, mais ce qui est impressionnant, c’est que nous n’en avons amorti que cent mille dollars. C’est ça les studios américains.
     
    Après 37°2, il y a eu l’échec de Roselyne et les lions avec Isabelle Pasco et le semi-échec d’IP5.
     
    Oui, je préfère semi-échec ou semi-réussite,car le film a fait pratiquement un million d’entrées sur toute la France.
     
    Le budget était important et il était très ambitieux.
     
    Il bénéficiait d’un budget de trente-cinq millions de francs. C’était pas si gros...
     
    Le titre IP5 était quelque peu énigmatique. On dit qu’il pourrait s’agir en fait des initiales d’Isabelle Pasco... Est-ce lié ?
     
    Non,pas du tout.En fait, c’est très simple, les initiales d’Isabelle, c’était une rumeur colportée n’importe comment. Je ne fais pas de publicité sur ma propre paranoïa. Comme il y avait Yves Montand dans le film, je craignais les paparazzis. Je ne voulais pas qu’on nous emmerde. Pour passer inaperçus on avait décidé de donner un nom de code au film. C’était le titre original du scénario de Jaques Forgeas qui s’appelle L’île aux pachydermes. Par rapport au scénario original, j’ai rajouté les Graphes et une histoire de nains et de chargement de cocaïne. Quand il a fallu dessiner un graffiti, j’ai choisi IP5. Et ce titre pseudo a fini par devenir le vrai titre. Mais je ne pouvais pas l’expliquer car le propre des graffiteurs, et là je fais référence à la partie noble du groupe, car pour moi les autres ce sont des taggeurs, c’est de signer d’un pseudo, sinon les flics leur tombe dessus. (Il me chante la chanson du Taggeur haggard qu’il a écrite.)
    Je me suis retrouvé avec un titre inexplicable qui était pourtant emblématique du film. Et IP5, ça parlait de quoi ? Des jeunes de banlieues qui sont mal dans une société. Ce qui est intéressant, c’est qu’un an après, Jean-Marie Colombani (le directeur du Monde, ndlr) écrivait dans un ouvrage destiné à la classe politique que pour comprendre le malaise des banlieues, les politiques feraient mieux de regarder le film de Jean-Jacques Beineix IP5. C’était en 91 ou 92.Et puis il y a Montand qui meurt, et on ne va pas voir les films des gens qui meurent. Faut être con pour croire que c’est ce qui va se passer. C’est ce qu’à ce moment-là le directeur de la Gaumont a cru. Je savais que cela n’aiderait pas le film et cela ne l’a pas aidé.
     





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