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©-DR-HOTEL DU NORD de Marcel Carné (1938) p9
29/01/2014 17:49
L'Analyse de DVD Classik(2)
La naissance de l’hôtel
En 1938, Lucachevitch président de la société de production SEDIF, contacte Marcel Carné pour lui faire part de son intention de tourner un film avec la star du studio, Annabella. La jeune actrice à la beauté virginale a connu de nombreux succès sur grand écran. Mais pendant les années qui précèdent la guerre, elle incarne surtout l’idéal féminin. A l’instar d’une Laetitia Casta aujourd’hui, on admire plus son visage angélique que son talent de comédienne ! Les Français l’adorent et les Américains aussi : depuis deux ans elle habite Hollywood où un contrat la lie à la puissante Fox. Malgré cela, elle reste comédienne pour la SEDIF qui lui propose de venir à Paris et d’y tourner son unique film français de l’année.
Lucachevitch, admiratif de la courte mais fructueuse carrière de Marcel Carné, propose au cinéaste un tournage avec la vedette pendant la période estivale. L’idée de travailler avec cette actrice populaire et de bénéficier de la puissance financière de la SEDIF n’est pas pour déplaire à Carné qui accepte le projet et se met en quête d’un sujet susceptible de séduire la jeune fille ainsi que les producteurs. Rapidement, il pense au roman d’Eugène Dabit (lauréat du prix populiste en 1929) intitulé Hôtel du Nord. Par chance, Annabella connaît l’ouvrage et s’enthousiasme pour le projet. Lucachevitch donne alors son accord à Carné en lui demandant une seule chose : "Monsieur Carné, faites-moi un quai des brumes, mais un quai des brumes moral !!".
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©-DR-HOTEL DU NORD de Marcel Carné (1938) p10
29/01/2014 17:53
L'Analyse de DVD Classik(3)
La production commence au printemps 1938 et Carné souhaite de nouveau travailler avec son ami Jacques Prévert qui a signé les scénarios de Jenny, Drôle de drame et Le quai des brumes… Malheureusement, le poète en voyage aux USA ne rentrera pas avant plusieurs mois. Privé de son associé, Carné se tourne alors vers Jean Aurenche et Henri Jeanson auxquels il propose l’adaptation du roman. L’ouvrage de Dabit qui décrit la population d’un petit hôtel parisien n’est pas pour déplaire aux deux hommes : les destins s’y mêlent avec fureur et chaque personnage participe à une vision réaliste et charmante du Paris des années trente.
Carné aime cette galerie de caractères mais il souhaite y greffer une histoire d’amour afin de dramatiser le scénario. Il demande à Aurenche et Jeanson d’imaginer le destin d’une fille (Annabella) amoureuse d’un beau marin aux tendances suicidaires (Jean-Pierre Aumont). Les scénaristes rédigent leur script tandis que les comédiens commencent à répéter leur rôle. Mais rapidement, Jeanson prend en grippe le couple de jeunes tourtereaux qu’il trouve fade et sans le moindre intérêt. Il imagine alors un autre couple, composé d’un ancien voyou (Monsieur Edmond) et d’une prostituée (Raymonde), qu’interprèteront Louis Jouvet et Arletty.
Jeanson ne s’arrête pas là et décide de réduire au maximum le rôle de Jean-Pierre Aumont en rédigeant des dialogues plats et sans le moindre intérêt. Rapidement, Arletty et Jouvet deviennent les héros du drame. Carné, qui adore ces deux comédiens, est ravi de la tournure du scénario, Annabella ne se plaint pas et Lucachevitch, peu enclin à entrer en conflit avec l’équipe, finit par s’incliner devant la situation.
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©-DR-HOTEL DU NORD p11
29/01/2014 17:56
L'Analyse de DVD Classik(4)
En Août 1938, les impressionnants décors d’Alexandre Trauner sont terminés et le tournage peut commencer. Pendant plusieurs mois, Carné mènera sa troupe jusqu’à l’avant-première du film organisée le 10 décembre 1938 au cinéma Marivaux. Après avoir eu tant de mal à accepter la grisaille du Quai des brumes, les critiques tombent en extase devant cet Hôtel du Nord ensoleillé. La mise en scène de Carné est applaudie mais c’est surtout Arletty qui retient l’attention des journaux. Dans le journal Candide, Jean Fayard écrit "Arletty parvient à mettre de l’humour, presque de la poésie, dans les plus basses querelles". Steve Passeur ajoute dans Le Journal :
"C’est un mélodrame ironique, angoissant, bien agencé, remarquablement cinématographié et joué d’une façon miraculeuse par Monsieur Louis Jouvet et par Mademoiselle Arletty". Enfin Marcel Achard (l’Intransigeant) enfonce le clou en déclarant : "En mettant en scène Arletty, Carné a prouvé qu’il avait aussi un très grand sens du comique … Arletty est géniale, tout simplement. Géniale. Et c’est peu dire".Il est vrai qu’après avoir joué dans cet Hôtel du Nord, Arletty connaît une popularité immense et accède au statut de star. Elle le doit évidemment à son talent, mais surtout à un rôle parfaitement écrit par Jeanson et dirigé d’une main de maître par Marcel Carné.
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©-DR- HOTEL DU NORD p12
29/01/2014 17:59
L'Analyse de DVD Classik(5)
Hôtel du Nord un film d’ambiance
Arletty incarne une fille des rues parisiennes, un "Gavroche" féminisé et résolument moderne. L’adjectif peut surprendre car aujourd’hui les plus jeunes d’entre nous ont cette sensation de film préhistorique lorsqu’ils entendent Arletty expliquer à Edmond que si elle est une atmosphère, lui est un drôle de bled !! Mais si son bagout et son argot peuvent prêter à sourire, ils reflétaient à l’époque, le langage de la rue. Celui qui s’approprie les mots pour les transformer en poésie. "Atmosphère, atmosphère est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère?" est à nos grands-parents ce que les répliques de Jamel ou les rimes de Saïan Supa Crew sont à notre culture. L’argot d’avant guerre ou le verlan d’aujourd’hui ont les mêmes racines, celles des pavés et de la grisaille des grandes métropoles. Alors Arletty ringarde ?
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©-DR- HOTEL DU NORD p13
29/01/2014 18:06
L'Analyse de DVD Classik(6)
Mais derrière ces répliques pleines de charme, se cache un personnage profond et passionnant. Raymonde est une femme de caractère : prostituée au cœur tendre, elle n’en est pas pour autant soumise. Certes elle aime son Edmond, mais elle n’hésite pas à lui répondre et lui dire ce qu’elle pense. Lorsqu’il fuit avec la jeune Renée, Raymonde ne s’attriste guère. Indépendante, elle trouve un autre homme (l’éclusier, génial Bernard Blier) qu’elle dominera comme une reine. Cette force qu’elle dégage va à l’encontre de la femme au foyer soumise telle que l’imagerie d’avant guerre l’a définie. En interprétant Raymonde, Arletty impose une héroïne moderne qui préfigure les mouvements féministes d’après-guerre.
De son côté Jouvet n’a pas grand chose à envier à Arletty en ce qui concerne le pittoresque : son costume gris, son chapeau bas, sa démarche tranquille et ses répliques bien pesées en font un personnage étrange et attachant. Le comédien, qui avait interprété le rôle de Monseigneur Soper dans Drôle de drame, fait encore une fois preuve de talent en imposant son charisme sur la pellicule de Carné. Au fil de l’histoire, Edmond devient le caractère central de l’histoire et Jouvet le transforme en héros de l’Hôtel du Nord.
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