Crtique du Monde
Portraitiste, il dessine par petites touches des univers qui conduisent au bonheur ou à la tragédie. Musique, décors, reconstitutions... tout l'inspire, et demeure harmonieux à chacun de ses films. Même sa microbiologiste de femme, spécialisée dans les régimes alimentaires et leurs effets, lui fait imaginer ses 3 premiers films dans des milieux culinaires. Il sait, en un plan, donner de la légèreté ou de la gravité. Nous angoisser pour ce gamin qui s'amuse sur le verglas.
Et quelques temps plus tard nous déchirer avec le visage de Sigourney Weaver, déconfit, défait par les abus d'alcool et de sexe, punie par son irresponsabilité. Ang Lee a la force de donner de l'humanité à chacun des rôles qu'il met en scène. Mieux que ça, il apporte un regard totalement extérieur à cette Amérique perpétuellement en conflit - social ou politique -, à ces civilisations arrimées dans des traditions ancestrales et tuant l'amour, à ces gens qui cherchent un sens à leur vie.
La cuisine,si importante dans sa filmographie,représente l'union,le bonheur,le plaisir. Un plaisir sucré salé justement. Lui-même se révolte. C'est en tournant le très propre et très sophistiqué Raisons et sentiments, scénarisé par Emma Thompson, qu'il a envie de faire une film avec des gens aux ongles sales. Ride with the Devil fera donc écho à Jane Austen.
Tout comme il y a une symétrie entre R&S et The Ice Storm. L'un expose des gens biens en apparence, mais cruels en eux-mêmes; l'autre détaille des gens qui ont le diable au corps mais aspire à une vie morale, saine, équilibrée.