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©-DR-THE ARTIST p14
15/01/2014 06:39
Carrière américaine (2) Aux États-Unis, le film remporte ensuite trois Golden Globes (Meilleure comédie, Meilleur acteur de comédie pour Jean Dujardin et Meilleure musique de film pour Ludovic Bource) puis le Prix Darryl F. Zanuck de la Producers Guild of America pour la meilleure production (Thomas Langmann), le Directors Guild of America Award de la meilleure réalisation (Michel Hazanavicius) et le Screen Actors Guild Award du meilleur premier rôle masculin (Jean Dujardin).
Le 26 février 2012, The Artist devient le film français le plus sélectionné aux Oscars avec dix nominations (devant Z, Cyrano de Bergerac, Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain, Un homme et une femme, La Môme, Tess et Le Pianiste). Il est deuxième en nombre de présélections, derrière Hugo Cabret de Martin Scorsese (onze mentions).
Après l'obtention de ses trois Golden Globes et de la majorité des prix de syndicats professionnels et de cercles de critiques aux États-Unis, le film apparaît favori, aux yeux de la presse et des parieurs britanniques, pour la 84e cérémonie où il reçoit cinq statuettes : Meilleur film (Thomas Langmann), Meilleur réalisateur (Michel Hazanavicius), Meilleur acteur (Jean Dujardin), Meilleure musique (Ludovic Bource) et Meilleurs costumes (Mark Bridges).
The Artist est donc le premier long métrage français et la deuxième production n'étant pas majoritairement anglo-saxonne (après Le Dernier Empereur de Bernardo Bertolucci en 1988) à recevoir l'Oscar du meilleur film. Il est aussi la deuxième œuvre muette, après Les Ailes de William A. Wellman en 1929 (lors de la toute première cérémonie, l'année du krach de Wall Street), à être consacrée par ce prix. Il devient par ailleurs le film français le plus récompensé aux Oscars, devant Tess et Le Pianiste (trois trophées) puis Un homme et une femme, Z et La Môme (deux distinctions).
Michel Hazanavicius est le deuxième cinéaste français, après Roman Polanski en 2003, à remporter l'Oscar de la meilleure réalisation et Jean Dujardin est le premier interprète masculin français à être oscarisé comme meilleur acteur. Il rejoint alors un cercle exclusivement féminin : Claudette Colbert, Simone Signoret, Juliette Binoche et Marion Cotillard.
Harvey Weinstein, ex-dirigeant avec son frère Robert Weinstein de Miramax, est considéré par la presse comme le champion des campagnes pour les Oscars : en 2012, les films qu'il a produits ou distribués totalisent 300 nominations et 86 statuettes remportées.
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©-DR-THE ARTIST p15
15/01/2014 06:42
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©-DR-THE ARTIST de Michel Hazanivicius (2011) p16
15/01/2014 06:44
Carrière américaine (3)
Du fait donc du travail de la Weinstein Company et plus particulièrement d'Harvey Weinstein, le film fait aux États-Unis le tour des différents festivals et cérémonies de récompenses, avec autant d'awards en poche, de la fin 2011 au début 2012. Ce marathon fait figure de prélude à la cérémonie des Oscars et permet au film d'espérer l'attribution des « Oscars majeurs » de la part des jurés de l'Académie, bien souvent présents lors de ces différents festivals de cinéma. En effet, pour Olivier Bonnard du Nouvel Observateur, par exemple, la victoire du film aux Oscars s'explique notamment par l'excellent travail de communication du distributeur américain, qui aurait savamment réussi à faire oublier qu'il s'agissait d'un film français, chose facilitée par l'absence de dialogues, les cartons de texte en langue anglaise et les mouvements de lèvres de comédiens révélant une série de phrases prononcées en anglais.
Ce désir d'« entretenir l’illusion d’un film américain » fut par ailleurs l'un des objectifs revendiqués du réalisateur via la reconstitution de l'ambiance de cette époque tout à fait typiquement américaine, le tournage du film à Los Angeles puis le choix d'une distribution et d'une équipe technique très majoritairement américaine. À noter également dans ce sens que la Warner Bros. est entrée dans le plan de financement du film lorsqu'elle en acheta les droits pour la distribution française. Ces données (tournage, équipe et circulation de fonds américains...) ont d'ailleurs permis à The Artist de concourir aux Independent Spirit Awards avec l'étiquette de film américain. Le Figaro note, de la même façon, que, même s'il s'agit d'un film français, The Artist est « au moins autant américain ».
En effet, le réalisateur lui-même parle de l'« essence profondément américaine » de son film, véritable « lettre d'amour à Hollywood », sans oublier que la langue de l'œuvre est l'anglais, dans les intertitres originaux comme dans les quelques mots de dialogue prononcés à la fin. Mais, pour le journal français, « il ne s'agit pas pour autant de bouder [son] plaisir. Peu importe au fond que The Artist ait l'air d'un film américain puisque cet air a été habilement façonné par des Français qui ont compris, mieux que beaucoup de natifs américains, ce qui a fait l'âge d'or d'Hollywood ». Le journal termine en citant Michel Hazanavicius recevant le Director's Guild Award qui avait déclaré : « Je ne suis pas américain et, en fait, je ne suis pas français non plus. Je suis cinéaste. ». De manière moins mesurée, le critique et historien américain Robert Zaretsky de The New York Times laisse entendre que le côté américain du film peut être interprété facilement comme le principal facteur de sa réussite critique, et par la même le symbole d'un phénomène plus large d'américanisation du cinéma au niveau mondial.
En effet, il titre son article consacré aux multiples qualifications du film aux Oscars, en français : « Vive la différence ! ». Il y qualifie Jean Dujardin de nouvelle icône française des deux côtés de l'Atlantique. Selon lui, The Artist incarne : pour certains une idée du cinéma français (indépendant, innovant, etc.), et pour d'autres une capitulation du cinéma français face aux exigences d'un succès américain. En d'autres termes, soit le film validerait l'exception culturelle de la France, soit au contraire, il apporterait la preuve que cette exception a actuellement besoin d'un soutien américain puissant (en l'occurrence : le choix d'un scénario mettant à l'honneur la puissance des États-Unis, ainsi qu'un allié de taille au niveau de la distribution, la Weinstein Company).
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©-DR-THE ARTIST de Michel Hazanivicius (2011) p17
15/01/2014 06:51
Carrière américaine (fin)
L'interprétation de cette victoire est appréhendée d'une toute autre manière aux États-Unis, où l'on essaye plutôt de rattacher celle-ci à l'évolution des exigences des jurés de l'Academy of Motion Picture Arts and Sciences, à savoir le vieillisme. Ainsi par exemple, Todd McCarthy, après la cérémonie des Oscars, se montre critique dans The Hollywood Reporter et considère que le film ne méritait pas une telle moisson de récompenses, sa victoire étant selon lui due au fait que « cette année, il n'y avait pas de film particulièrement remarquable, ou alors qu'il y avait déjà un favori immensément populaire ». Il met cette victoire au même rang que celle de films comme Crash, Miss Daisy et son chauffeur, Rocky ou Oliver!, dont « un an plus tard à peine, les gens y repensent et se demandent "pourquoi ?" ». Quant à la performance de Jean Dujardin et sa récompense de meilleur acteur, il la compare à celle de Roberto Benigni dans La Vie est belle, et se demande « comment diable une telle chose a-t-elle pu se produire ?"
Au delà de « sa nouveauté et de son charme » qu'il salue tout de même, le film aurait selon lui le défaut de représenter « la métaphore de la peur du progrès et de la technologie ». McCarthy estime que « le refus de Georges Valentin de changer avec son temps traduit le malaise de la vieille garde face aux nouvelles façons de faire du cinéma, qu'elle ne comprend pas ou ne veut pas comprendre », et qu'il aurait été plus intéressant pour l'Academy de primer Hugo Cabret de Martin Scorsese, qui représente selon lui la philosophie inverse. Scorsese, appartenant désormais à cette vieille garde, a ici eu recours aux nouvelles technologies, pour créer un univers, démarche que le journaliste juge « infiniment plus complexe et ambitieuse » que celle de Michel Hazanavicius.
De manière plus générale et moins virulente, certains grands journaux américains se sont en effet agacés de cette victoire affirmant que The Artist était, comme Le Discours d'un roi l'année précédente, conforme au goût du « vieil homme blanc », majoritaire au sein de l'Académie des Oscars (composée de 94 % de Blancs, de 77 % d'hommes et de 54 % de personnes âgées de 60 ans et plus selon une étude du Los Angeles Times[). Ce long métrage serait, pour le New Yorker une « flatterie » facile, une «célébration du passé » et un « voyage nostalgique » dans l'âge d'or révolu d'Hollywood, prompt à émouvoir la cible la plus large de votants.
À l'inverse, pour d'autres comme Richard Verrier, journaliste du Los Angeles Times, la consécration de The Artist est justement le symbole d'une innovation remarquable pour les jurés de la cérémonie des Oscars. Selon lui, le film va effectivement à contre-courant de la « tendance des membres du jury des Oscars à privilégier les longs-métrages tournés dans des endroits exotiques loin de L.A. où ils résident pour la plupart ». De la même manière, Chuck Walton, rédacteur en chef de Fandago analyse ce phénomène de récompense des films tournés à l'étranger comme « simplement de l'ordre du subconscient, les choix de l'Académie étant souvent des films qui emmènent en voyage, loin du cocon de Los Angeles ». À l'inverse, The Artist donne justement pour lui « un coup de jeune à ce qui est vieux : c'est le L.A. classique, mais revu par des yeux français ».
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©-DR-THE ARTIST de Michel Hazanivicius (2011) p18
15/01/2014 06:54
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