Critique publiée par Boubakar le 7 juin 2014
Pour son premier film, Jean-Paul Rappeneau marque déjà le ton en imposant un rythme effréné dont il sera un maitre en la matière. C'est l'histoire d'une femme qui, par la lâcheté de son mari, va le révéler à lui-même et lui prouver qu'il tient encore à elle et non à son verger ni à son château. Le film se passant à la période du Débarquement, elle va croiser des allemand qui vont prendre asile dans leur château et un résistant tombé du ciel, ce qui va provoquer un certain remue-ménage dans la vie de ce couple un peu trop rangé.
Le film tient beaucoup sur Catherine Deneuve, magnifique, et sur son phrasé très rapide, à l'image du rythme du film, et qui est assez pète-sec, en comparaison de son mari (excellent Philippe Noiret), un peu mollasson sur les bords. Il y a aussi Mary Marquet, Pierre Brasseur (qui n'a pas dû boire que de l'eau sur le tournage), et Henri Garcin, qui joue le jeune résistant.La mise en scène est elle aussi élaborée, elle aussi souvent en mouvement, et il faut souligner la lumière très blanche du film (c'est en noir et blanc), comme pour donner un aspect irréel à cette histoire.
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Car il faut le rappeler que le film évoque largement le débarquement, et donne enfin l'occasion au personnage de Noiret de devenir celui que sa femme voudrait être ; un héros. C'est aussi une vision de la seconde guerre mondiale assez romancée, où les nazis ne sont pas très méchants (et se font même remettre en place par Mary Marquet), mais qui donne l'impression d'être détachée de la réalité.Il en résulte un film très réussi, assez proche en soi de la comédie américaine (et c'est assez drôle), et qui va lancer la carrière globalement formidable de Jean-Paul Rappenau, un peu notre Terrence Mallick français (8 films réalisés en plus de 50 ans de carrière).