Un postulat audacieux
« The Kids are all right », chantaient les Who en 1965. Un thème rock repris par une réalisatrice qui a su l'être dans l'évocation du travail de Nan Goldin ébauchée avec High Art. Avec Tout va bien, The Kids are All right, c'est un peu différent.
Le postulat est en tout cas audacieux, surtout au vu de certaines réactions outre-Atlantique au moment de la sortie du film : un couple de femmes ( Julianne Moore et Annette Bening, convaincantes) vit son histoire depuis plus de vingt ans. Elles ont deux enfants adolescents, un garçon et une fille que chacune a portés respectivement. Le père est un même donneur anonyme. La famille vit tranquillement dans une banlieue aisée aux Etats-Unis (là ça commence à être un peu moins audacieux).
Mais le fils cadet, âgé de 15 ans, commence à se poser quelques questions sur ses origines, et convainc sa sœur de 18 ans de partir à la recherche de leur père. C'est une formalité, puisque le géniteur est retrouvé en quelques jours, et prend l'apparence plutôt agréable de Mark Ruffalo, gentil paysagiste un brin baba cool, qui voit arriver ces deux ex-têtes blondes dans sa vie avec une certaine émotion. L'intrusion de cette figure paternelle (et masculine...) dans la cellule familiale va bien évidemment tout perturber.
Un manque d'audace
Avec The Kids are all right, Lisa Cholodenko réussit un pari intéressant : ouvrir le thème de l'homosexualité féminine et de l'homoparentalité au grand public sans tomber dans des clichés outranciers. Pour ce faire, elle aborde son sujet à travers la crise du couple, ici formé par Nic et Jules, qui traverse une période charnière de son histoire. Jules se sent dépréciée et mal aimée, et l'arrivée impromptue de Paul va venir la troubler.
Un sujet somme toute universel, et le plus sage des hétérosexuels pourra s'y reconnaître. Un bien et un mal, puisque la réalisatrice y perd en même temps l'audace qu'elle avait su mettre dans High Art. On se consolera grâce à un casting des plus réjouissants, avec Annette Bening en pilier de la cellule familiale, Julianne Moore en quadra fragilisée et Mark Ruffalo en tentateur débonnaire. C'est déjà ça.
Par Véronique Delahaye