Après Mathieu Amalric"Tournée" (très bien !) et Abel-Gordon-Romy ( La Fée), c'est le cinéaste finlandais Aki Kaurismäki qui a choisi la ville portuaire du Havre comme décor à sa nouvelle fiction. Optimiste et caustique.Marcel Marx (André Wilms, postulant sérieux au titre de César du meilleur acteur)Une malette,un imper ,un homme au chapeau... Aki Kaurismäki pose deux-trois éléments de fiction dans cette ville à l'architecture surannée. Teinté d'une nostalgie douce-amère, Le Havre pose la fraternité au coeur de son récit.
Car le cinéaste a foi en l'homme et croit encore à la solidarité d'un quartier, lorsque l'injustice fait surface. C'est ainsi que le spectateur suivra Marcel Marx dans sa course folle pour sauver ce jeune garçon réfugié. Faisant face à la jungle de Calais et l'étau de la police (incarnée ici par un Jean-Pierre Darroussin impeccable), jamais il ne perdra foi.Mais avec Aki Kaurismäki, rien n'est aussi facile et le discours possède différents niveaux d'interprétation.
Teintant son récit de couleurs sombres et intenses, le cinéaste met aussi en lumière la gravité d'un monde qui ne tourne pas tout à fait rond. Parmi les tumultes de la ville, les réfugiés sont placés d'un camp à un autre, sans discernement et les hommes sont prêts à tout pour préserver leur quiétude, quitte à dénoncer les égarements de son voisin du dessous (c'est là que Jean-Pierre Léaud apparaît (hélas!). Entre optimisme forcené et mélancolie profonde, Le Havre appartient à cette famille de films au parfum subtil et délicat, qui donne foi en l'homme.
D' Ozu à Jacques Tati, en passant par Charlie Chaplin et Jean-Pierre Melville, les influences d'Aki Kaurismäki sont à la fois multiples et singulières.Point d'ancrage réaliste dans cette fiction aux allures de fable humaniste juste un récit qui réchauffe nos âmes endolories. Et l'incursion du rock qui réveille,de Little Bob suffira à nous donner le sourire !
Laure Croiset