Livres sur le cinéma
Dans leur livre Le Personnage, Marie-France Briselance et Jean-Claude Morin, historiens et théoriciens du cinéma, remarquent qu'Intouchables est construit sur deux archétypes de personnages, décrits par les Égyptiens d'une Antiquité éloignée de nos jours de plus de 6000 ans : la légende osirienne, basée sur les grands problèmes de l'humanité, ici le deuil et la survie. Cette filiation explique sans doute l'impact sur le grand public du monde entier :
« Intouchables s’appuie sur deux archétypes de la légende osirienne, même si les auteurs n’en étaient pas forcément conscients en créant les personnages, d’autant qu’ils sont partis d’un récit autobiographique... Driss ne se cache pas derrière une quelconque pitié, celle que les esprits médiocres réservent aux handicapés. Quand il lui faut donner son avis à Philippe, il ne se fait pas prier, sa tendance à se considérer comme tant fait du même bois qu’un riche lui fait aussi oublier que son patron est dépendant de lui pour le moindre désir.
Driss ramène petit à petit Philippe sur le versant de la vie, n’hésitant pas à blaguer à propos de son infirmité, une façon de faire la nique au destin, mais surtout — une fois que le jeune a constaté la gravité des dégâts en auscultant à sa manière le corps de son patient — il se conduit avec lui à égalité et ne voit en Philippe que l’être humain... Il force Philippe à affronter la réalité et à se déclarer auprès d’une jeune femme valide avec laquelle il entretient une chaste correspondance depuis de longs mois.
Détruit, le corps de Philippe est comme celui d’Osiris, il tomberait en pièces s’il n’était maintenu par une sangle. Sur son fauteuil, la paralysie le fixe dans une position hiératique semblable à celle du" Roi du monde des ténèbres". Anubis-Driss rechigne à exécuter sur lui des tâches intimes, telles que celle de « lui vider le cul », ce qu’avait fait Anubis en éviscérant la dépouille mortelle reconstituée d’Osiris »