L'Analyse de DVD Classik(fin)
Cependant, si l’ambiance fonctionne à merveille, il manque à Hôtel du Nord l’intensité dramatique et la poésie des plus grandes œuvres de Carné. Contrairement au Quai des Brumes, Drôle de drame ou Les enfants du paradis, le décor de l’hôtel finit par l’emporter sur le récit. Carné a beau s’efforcer pour donner de la puissance à son dernier acte (le plan en contre-plongée sur Jouvet de retour de Marseille est à ce titre impressionnant) c’est au final l’hôtel et ses cris, ses rires et ses pleurs que le public retiendra. Il est clair que Jeanson, en qui Carné avait toute confiance, s’est emparé du scénario pour en faire un écrin à dialogues. Dès lors, il n’est pas faux de constater qu’il manque ici la patte d’un grand dramaturge…
Ne cherchons pas bien loin, il manque Prévert tout simplement ! Le poète qui, aux côtés de Carné, donna naissance au Quai des brumes ou Les enfants du Paradis nourrit ces films d’une puissance dramatique et poétique qui manquent à Hôtel du Nord. Reste néanmoins une oeuvre étonnante de vie, un spectacle à cœur ouvert sur le Paris des années trente. Alors désuet ce troisième long métrage de Carné ? A l’instar de La grande illusion ou de La règle du jeu de son collègue Jean Renoir, Hôtel du Nord demeure un fantastique témoignage de l’époque. Témoignage traité à la fois avec sobriété et modernité que les jeunes amoureux du cinéma peuvent encore et toujours déguster avec passion.