Analyse (fin)
La scène finale des claquettes, chorégraphiée par Fabien Ruiz, est une citation explicite des comédies musicales de l'année 1932, dans un style différent de celui que va créer, dès 1933, Fred AstaireCe qui est fabuleux dans le film The Artist, c’est qu’il a été tourné en noir et blanc, au format presque carré du film muet (1:1,33), qu’il est muet si l’on excepte un effet très drôle de cauchemar où le comédien est incapable d’émettre le moindre son bien qu’il crie à tue-tête, alors que tout autour de lui les gens s’agitent en bourdonnant de mille bruits, et à la fin de l’histoire quand le nouveau film qu’interprète le comédien s’ouvre sur des éventails en forme de claps. tenus par des danseurs, tandis que l’on entend le jargon caractéristique des échanges entre techniciens sur un plateau de tournage en préparation d’un plan.
Pas de dialogues autrement qu’écrits sur des cartons, pas de couleurs, pas d’écran large, mais tous les moyens d’expression que possédait le cinéma encore muet, déjà accompagné, dès les premières projections, de musiques improvisées ou écrites, comme celles qui avaient été composées en 1892 par Gaston Paulin pour les représentations du Théâtre optique du Français Émile Reynaud, avec ses Pantomimes lumineuses dessinées et coloriées sur une bande continue en celluloïd,les premiers dessins animés et les premières projections en public d’images animées, un an après les premières prises de vues de l’Américain Thomas Edison, trois ans avant les projections des frères Lumière.
Le film The Artist, sorti sur les écrans, rappelons-le, en 2011, a connu un grand succès public et a été récompensé aux Oscars. Il est la preuve par neuf de ce que nous affirmons dans notre ouvrage, "Grammaire du cinéma", à savoir que, après la découverte en 1908 par D.W. Griffith des "actions parallèles", le dernier de ce que nous nommons les "points de grammaire" du cinéma, c’est-à-dire les éléments de son langage, les cinéastes possèdent désormais tous les moyens nécessaires pour raconter des histoires complexes. Le film de Michel Hazanavicius démontre que ce qui est fondamental dans un récit filmé n’est pas l’efficacité d’un dialogue enregistré, ni l’apport de splendides couleurs, ni l’ampleur du Cinémascope, ni la merveille du son numérique, ni le choc des effets virtuels, ni l’étonnement provoqué par la 3D, mais bien comment mener un récit par l’image.»