Production
Depuis ses débuts à l'école Canal+ dans les années 1990, jusqu'aux films qui lui valurent les débuts de sa notoriété, OSS 117 : Le Caire, nid d'espions et OSS 117 : Rio ne répond plus, Michel Hazanavicius a depuis toujours démontré sa passion pour le cinéma à travers la comédie. Cependant lorsqu'il a pour la première fois l'idée du concept de The Artist, il ne s'agira plus pour lui de s'inscrire dans le registre du détournement, de la parodie ou de la dérision, mais de rendre un véritable hommage aux pionniers du septième art avec un film muet en noir et blanc comme on en faisait en 1920. Il ne désire par exemple pas se placer dans la même veine que La Dernière Folie de Mel Brooks, film de 1976 (avec notamment Marcel Marceau dans le seul rôle parlant) où Mel Brooks interprète un cinéaste sortant d'une cure de désintoxication qui désire réaliser un film muet mais essuie les refus de tous.
Au départ, Michel Hazanavicius envisage de faire soit un film d'espionnage (à la manière de Fritz Lang dans Espions sur la Tamise), soit une version muette de la série de films Fantômas d'André Hunebelle. Mais pour une idée comme pour l'autre, Michel Hazanavicius se rend bien compte que son projet de scénario ne conviendrait pas au genre. De plus, il rencontre à ce moment-là le producteur Thomas Langmann qui se dit fondamentalement intéressé par l'idée d'origine mais qui réfute également ces deux idées de scénario. En revanche, il suit depuis longtemps la carrière de Michel Hazanavicius et ne lui transmet donc pas un non catégorique, ce qui encourage ce dernier à continuer de travailler sur ce projet. À ce sujet, Michel Hazanavicius dit de Thomas Langman : « J’ai vu ses yeux quand je lui parlais, et j’ai compris qu’il y croyait. Grâce à lui c’est devenu un film possible. Ce n’était plus un fantasme mais un projet. ». Mais il ne s'agit pour l'instant que d'encouragements, rien d'un accord formel.
Michel Hazanavicius se met donc au travail et visionne le plus possible de classiques du cinéma muet, notamment l'œuvre de Fritz Lang, Ernst Lubitsch, Billy Wilder, Charlie Chaplin et encore Friedrich Wilhelm Murnau. Le cinéaste opte finalement pour la forme du mélodrame qui était le registre dominant des débuts du cinéma. Il entame également une réflexion personnelle sur la révolution du cinéma parlant, à peine trente ans après l'invention du 7ème art par les Frères Lumière, dont beaucoup ne sortiront pas indemnes. La trame était donc amorcée. Mais c'est en fonction de ses futurs partenaires que Michel Hazanavicius va développer son projet. Il se remettra donc continuellement en question.
Selon les notes de production, The Artist est « un film d'époque qui se déroule dans les années 20 aux États-Unis, autour d'une histoire d'amour entre deux personnages qui se croisent. L'un est une vedette du cinéma muet, l'autre est figurant. L'arrivée du parlant va changer leur relation."Habitué à la rédaction de dialogues, Michel Hazanavicius a dû se contraindre à un type d'écriture à la fois ancien et totalement nouveau pour le scénario. Il a également dû entreprendre un important travail de recherche sur les années 20 et 30.Le film devait initialement s'intituler Beauty Spot.