| Accueil | Créer un blog | Accès membres | Tous les blogs | Meetic 3 jours gratuit | Meetic Affinity 3 jours gratuit | Rainbow's Lips | Badoo |
newsletter de vip-blog.com S'inscrireSe désinscrire
http://tellurikwaves.vip-blog.com


 CINEMA :Les blessures narcissiques d'une vie par procuration
VIP Board
Blog express
Messages audio
Video Blog
Flux RSS

CINEMA :Les blessures narcissiques d'une vie par procuration

VIP-Blog de tellurikwaves
  • 12842 articles publiés
  • 103 commentaires postés
  • 1 visiteur aujourd'hui
  • Créé le : 10/09/2011 19:04
    Modifié : 09/08/2023 17:55

    Garçon (73 ans)
    Origine : 75 Paris
    Contact
    Favori
    Faire connaître ce blog
    Newsletter de ce blog

     Janvier  2026 
    Lun Mar Mer Jeu Ven Sam Dim
    293001020304
    05060708091011
    12131415161718
    19202122232425
    262728293001

    © -DR-LITTLE BUDDHA p7

    30/11/2013 05:40

    © -DR-LITTLE BUDDHA p7


    Commentaire de LIVE (suite)
    *
    "J'ai lu. J'ai écouté. J'ai lu. J'ai senti…" Il s'arrête, et laisse le silence couler. Keanu Reeves est curieux: il interrompt ses phrases pour éclater de rire, il se lève de table pendant l'interview pour chercher un mot, il est gèné et timide. Il se soumet pourtant aux questions, dont il n'a guère les réponses. Il aime le rock, les substances chimiques, le Château-Marmont à Los Angeles. Il est non loin de Katmandou, il est couvert de fond de teint des pieds à la tête, il est entouré de Népalais qui le regardent avec curiosité.

    Keanu signifie, dit-on, "Brise fraîche dans les montagnes". En hawaiien. Il est en partie d'originale hawaiienne, en partie allemande, en partie américaine, et en partie… Il est donc parent avec la terre entière, et le vent est son cousin. "Mais je suis né à Beyrouth, j'ai été élevé en Australie par ma mère, qui crée des vêtements. J'ai deux sœurs.Finalement, nous avons atterri à Toronto… Mon père? Je ne sais pas. Je n'ai aucune idée de ce qu'il fait… J'ai grandi sans père…"

    Keanu Reeves est un vagabond. Il a été découvert dans My Own Private Idaho, de Gus Van Sant, et a traversé le XIXe siècle et l'Europe pour vendre à un comte transylvanien une maison à Londres: dans Dracula de F.F.Coppola, il était ainsi en butte aux élans du vampire. "J'ai fréquenté quelques écoles à Toronto. À seize ans, j'ai fait de la télé au Canada, un feuilleton intitulé Hanging In. C'était le hasard. J'avais besoin d'un peu d'argent de poche, man…" La Californie imprègne Keanu Reeves: Il a été surfeur, bon à rien,beach boy, et parsème ses phrases de "yealt", de "like…", de "man". C'est donc un enfant de siècle, bronzé et relax, angoissé et lisse. "Là, j'ai décidé que je voulais être acteur. Ça ne paraissait pas trop compliqué, j'avoue…"

    Rétablissons la fiche: Keanu Reeves a été viré deux fois de classe de seconde. Dans son premier film, Youngblood, iljouait un hockeyeur un tantinet retardé. "C'était l'époque où j'étais un solitaire endurci et apathique", dit-il aujourd'hui. à l'époque (très lointaine, Youngblood date de 1986),Keanu Reeves déclarait vouloir devenir "un mec genre Cary Grant, cool et tout".

    Détail: Cary Grant a joué des rôles de composition, c'est sûr (notamment dans Alice au pays des Merveilles), mais jamais, jamais, on ne l'aurait vu en Bouddha. Le costume est trop mal coupé, man. En 1987, Keanu Reeves se paie une voiture et… en route pour Hollywood. Là, il se trouve un imprésario qui le case dans quelques télés, dont un vague remake de Rocky. Un an plus tard, enfin, la chance: "on m'a proposé de jouer dans River's Edge, et là, j'ai senti que ça pouvait marcher…" En effet, River's Edge, de Tim Hunter, est l'histoire authentique d'une jeune Californienne assassinée par strangulation. Le coupable: un étudiant qui exhibait le cadavre de sa girl friend à ses copains, en exigeant le serment de leur silence.(charmant)

    Le film, inédit en France, devint en quelques semaines un succès, une sorte d'œuvre culte. Keanu Reeves jouait le copain qui dénonce le coupable aux flics. Dennis Hopper, le saint patron des déglingués , interprétait le dealer local. On voit le genre. Il y avait même un personnage qui faisait griller un chat dans le four à micro-ondes… "Le film avait de la charge, mec, de l'émotion, du…"

    Keanu Reeves, l'adolescent paumé, était parfait dans River's Edge. Il était le produit concentré des eighties, le personnage flottant, incertain. Il fut le professeur de musique dans Les Liaisons dangereuses de Stephen Frears, en redingote dorée, bouche peinte, doigts légers. Il désirait Uma Thurman. On le comprend. Il entrait dans le XVIIIc siècle, nous étions en 1988. Commençait alors une période curieuse pour l'acteur: Hollywood se réveillait dans une gigantesque cure post-cocaine, et les films semblaient… moins intéressants. La filmographie de Reeves est éloquente: The Night Before (inédit en France); Permanent Record (également inédit); The Prince of Pennsylvania (également inédit); Tune in tomorrow (inédit toujours)…

    Dans le premier, il jouait un étudiant; dans le deuxième, un adolescent qui se suicide; dans le troisième, un gamin qui n'est pas compris par son papa: dans le quatrième… quelle importance? "Il y a tellement de films qui sont des sous-produits, des conneries hollywoodiennes… À l'époque, j'avaisvingt-quatre ans, nous étions en 1990, et j'en avais vraiment marre de jouer des ados. Remarquez, il y a des fois où c'était bien…"

    Pour sûr, Keanu: dans Bill and Ted's Excellent Adventure (1988) et Bill and Ted's Bogus Journey (1991), la mode a joué. Deux zozos, deus pals nuls, largués dans le monde des adultes, avec le langage branché des kids? Le recette a fonctionné. Films débiles, mais machines à sous. Entendez: bon box-office. "C'était bien, mais j'avais envie de quelque chose d'autre…" Le changement viendra. Il viendra sous la forme d'un rôle incroyable, dans un film bizarre, sous la direction d'un metteur en scène inclassable: dans My Own Private Idaho,

    Gus Van Sant offrira à Keanu Reeves la silhouette d'une petite gouape tout droit sortie de chez Pasolini. "Remarquez, je venais de jouer un remake de The Servant à la télé, et les personnages ambigus me convenaient. Je ne connaissais pas le film de Losey, je n'avais jamais lu le livre de Robin Maugham, je n'avais pas lu grand chose, d'ailleurs… La seule chose que je savais faire, pour réfléchir, c'était de jouer au basket à Fairfax High et de rouler à moto. Ma favorite a longtemps été une Suzuki GS 1100 E. Une grosse bécane…"

    Difficile d'imaginer l'enfant Bouddha en motard cinglé. Il a pourtant traversé l'Oregon en beuglant des air des Ramones, suivi la route 66, histoire de prendre l'air, a fait hurler les cylindres sur la route de San Francisco. Des problèmes? Quelques contraventions, quelques échappées, quelques égratignures… "Et j'ai eu une 850 Norton 1974…Yiiiipeeeeee!" Gavé de télé, admirateur du Muppet's Show, de musique des Pixies, il s'achètera encore une Guzzi, et les œuvres complètes de Hüsker Dü. Gros cubes et méga basses… "Je me suis mis alors à lire. Dostoïevski et Sephen Hawking… Des mecs vachement cools".

    Keanu Reeves sourit. Les yeux en amande, la peau tavelée par une acné ancienne, la bouche allongée, il ressemble à un mannequin. Dans Point Break, il faisait du surf à mort. Dans Hideous Mutant Freaks (inédit en France, 1993), qui sait ce qu'il faisait. Dans Beaucoup de bruit pour rien (de Kenneth Branagh), il était magnifique dans son uniforme. Keanu Reeves dégage une mollesse séduisante, un abandon délicat. Il semble ailleurs, il est à peine présent, comme un fantôme. Dans le nouveau film de Gus Van Sant, Even cowgirls get the blues, impossible de décrire son personnage.

    Les journaux américains le font poser en veste de tweed et pantalon de velours, pour leurs pages de mode, comme s'il s'était échappé des Hauts de Hurlevent. Image romantique, regard flou, à quoi fonctionne-t-il, Keanu Reeves? À la brise du matin sur les montagnes?Sur le plateau de Little Buddha, il déambulait entre deux prises, suivi par un assistant fidèle qui portait la bouteille d'Evian, la précieuse bouteille. Amaigri par une diète rigoureuse, nourri de livres zen et de conseils bouddhiques, il semblait avoir plongé dans l'interzone. Des mendiants rapides se glissaient près de lui. Il était impossible de reconnaître le surf boy sous l'apparence du Bouddha. "Savez-vous que nous n'utilisons notre cerveau qu'au diziéme de ses possibilités?" lançait-il, avant de remonter sur le trône.

    Plus tard, quand le futur Bouddha traverse l'Illumination, le maquilleur l'affublait de longs ongles, de cheveux interminables, de pommettes d'anorexique, de fausses veines. Bouddha, affamé, seul, extatique, méditait sous un arbre. "Little Buddha, selon Bernardo Bertolucci, est un conte universel". Or, comme dans chacun de ses films depuis Prima Della Revoluzione jusqu'au Thé au Sahara, en passant par 1900 et La Luna, Bertolucci, en vérité, ne s'intéresse qu'à la seule obsession qui gouverne sa vie. Le changement. Comment un homme, un dieu, un saint, un paumé, un faciste ou un adolescent peuvent-ils évoluer, devenir quelqu'un d'autre en restant eux-mêmes?

    Pendant des années, Bertolucci a cherché la réponse dans la psychanalyse. Avec Little Buddha, il continue se quête. Keanu Reeves, dans le film, est insaisissable, fugitif, beau, inquiétant. Il change constamment: "J'aimerais tellement me rattraper moi-même", dit-il. Ce serait cool, man."






    [ Annuaire | VIP-Site | Charte | Admin | Contact tellurikwaves ]

    © VIP Blog - Signaler un abus