Dès le prologue, le regard caméra règne en maître : le spectateur se retrouve pris dans le flux des sentiments, des émotions et des sensations que vivent les personnages. Cette utilisation massive du regard caméra, très originale et peu commune au cinéma, se fait naturellement chez Agnès Varda, influencée par sa propre pratique de la photographie et du documentaire. Par ce biais, elle invite le spectateur à pénétrer dans l’espace de la représentation ; ce dernier est apostrophé par des figurants, qui dans les rues ou les cafés, se tournent avec insistance vers la caméra , comme certains personnages dans les tableaux de Manet.
Dans la séquence du café du chapitre II, il y a une allusion discrète à deux œuvres du peintre : Chez Le Père Lathuille et Un Bar aux Folies Bergère. Agnès Varda fait preuve d’une étonnante virtuosité dans la manière qu’elle a d’observer et de filmer ce café parisien dans ses moindres détails. Très subtilement, elle met en valeur les conversations et les regards des ces personnages anonymes qui donnent vie au décor.