DVD Classik:Analyse et critique(4)
« Idole, elle doit se dorer pour être adorée » ,comme l’écrit Baudelaire. Cléo se flatte d’être regardée et adore contempler les miroitements trompeurs de son superbe visage. Pour oublier sa maladie, elle aspire aussi à se réfugier dans le plaisir superficiel des robes et des chapeaux. Vedette montante du yé-yé, Cléo est comme ces belles blondes des films américains. Le choix de Corinne Marchand est loin d’être un hasard. Agnès Varda connaissait parfaitement la carrière de la jeune actrice : « Bernard Toublanc-Michel l’avait repérée au Théâtre Mogador où elle jouait une Américaine en bermudas auprès de Georges Guétary. Il la suggéra à Jacques [Demy] pour l’une des danseuses de la Cigale dans Lola. Elle y a fière allure avec ses bas résilles et son chapeau claque. »
Dans le film de Demy, Corinne Marchand joue cette danseuse qui répète avec sensualité sous les yeux émerveillés des marins américains. Quelques instants plus tard, elle est rejointe par la brune Lola, au bon souvenir du duo formé par Jane Russell et Marylin Monroe dans Les Hommes préfèrent les blondes. De même, les chansons de Michel Legrand impriment dans Cléo de 5 à 7 un rythme de comédie musicale avec pour décor la représentation réaliste de Paris, loin des clichés en carton pâte des musicals.