DVD Classik:Analyse et critique(2)
La contrainte semble être le maître mot de Cléo de 5 à 7, non seulement parce qu’il s’agit du premier long métrage de la cinéaste réalisé sous la houlette de producteurs, mais surtout parce que le scénario du film se déroule en temps réel, de 17h00 à 18h30. En reconstituant chaque seconde de l’attente de Cléo, Agnès Varda révèle une fois de plus son talent à valoriser les temps faibles. Bien loin de la frénésie et de l’éclatement narratif d’une série télévisée comme 24h chrono, Cléo de 5 à 7 se rapprocherait davantage de la structure du Train sifflera trois fois. Mais dans le film d’Agnès Varda, le dénouement, c’est-à-dire le résultat des tests médicaux de Cléo, importe moins que la trajectoire de la jeune femme pendant ces quatre-vingt-dix minutes qu’elle vit en passant par tous les états, des rires aux larmes, de la frivolité à la conscience aigüe que la mort se tapit dans l’ombre du hors champ.
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Dès le prologue chez la cartomancienne, Agnès Varda expose, comme l’oracle d’une tragédie grecque, toute la matière fictionnelle de son récit jusqu’au sort funeste qui guette l’héroïne. Une fois de plus chez la réalisatrice, la structure du film est d’essence littéraire ; divisée en treize chapitres soigneusement minutés, cette déambulation dans Paris n’est pas non plus sans évoquer les descriptions impressionnistes de Rilke dans Les Carnets de Malte Laurids Brigge.