Analyse & critique de DVD Classik(8)
Malgré tout, cet ultime western de Hawks se défend et présente un spectacle tout à fait digne d’intérêt. La scène d’ouverture est une vraie réussite, et si le scénario possède un manque flagrant d’originalité, il faut tout de même reconnaître que l’on ne s’ennuie jamais. Des chevauchées, de l’humour, de l’action, du rythme, quelques très jolis moments (la mexicaine balafrée parlant avec haine de Hendricks, la fin où Wayne lui demande de l’aider à marcher…), on retrouve parfois tout ce qui fait la magie et le talent de Hawks au travers de sa merveilleuse filmographie. De plus, la reprise d’éléments existants dans Rio Bravo et El Dorado contribue à faire de Rio Lobo un digne troisième film de cette trilogie informelle.
On retrouve une histoire d’amitié virile entre cow-boys, mais également la présence de la femme forte, ici déclinée en deux femmes, à la fois aventurières, belles, félines, sachant ce qu’elles veulent, et conscientes de la responsabilité qu'imputent leurs actes. Répond également présente à l’appel la figure du vieil homme bougon, râleur, amateur d’alcool et attachant en la personne de Jack Elam dans le rôle du père Philips, qui n’a pas grand-chose à envier à Walter Brennan et Arthur Hunnicutt précédemment.
Les moments d’humour affluent, et l’on retiendra notamment cette phrase désormais assez connue de Jennifer O’Neill à John Wayne dans le film : « Je me suis couchée près de vous parce que… vous êtes confortable ! » Il faut concéder que si l’histoire d’amour entre les personnages de Rivero et O’Neill est inintéressante de par son absolu manque de finesse, les personnages, chacun dans leur domaine, sont attachants et attrayants.
Bien sûr, ne pas parler de la musique de Jerry Goldsmith serait impardonnable. Solidement composée, alternant le minimalisme et les envolées lyriques, entre guitare sèche et grande orchestration, la musique du compositeur est tout simplement magnifique. Le générique, les chevauchées, le raid contre les assiégeants du ranch de Philips… ne seraient pas ce qu’ils sont si la musique n’était pas aussi belle, allant même jusqu’à donner du lyrisme là où il n’y en a pas et du rythme là où les plans ne fonctionnent qu’à moitié. La musique est donc ici un facteur important, contribuant à la réussite relative que constitue ce film.
Parmi les scènes « refaites », attardons-nous en outre sur la scène de l’échange à la fin du film, incroyablement inspirée de Rio Bravo. Quelques petits moments d’originalité (la présence d’une rivière propice au sort de Cordona, la fuite des hommes de Hendricks plutôt que la reddition) et un rythme solidement entretenu font de cette séquence un très bon moment. Mais il lui manque la magie, la simplicité, l’ambiance et le génie de son modèle.
Ce final va même jusqu’à reprendre l’utilisation de la dynamite, mais en inversant le processus. Cette fois-ci, ce sont les « méchants » qui en usent, ou tout du moins qui essayent d’en user. Beaucoup plus aéré que Rio Bravo, en ce qui concerne les lieux de tournage, Rio Lobo n’arrive là encore pas à se démarquer de l’un des deux films précédents : El Dorado. Les chevauchées filmées simplement, sans effets, les ballades tranquilles dans le désert… Autant d’éléments qui renvoient au précédent western d'Howard Hawks.