Analyse & critique de DVD Classik(6)
Ricky Nelson, pourtant loin d’être un acteur génial, savait bouger et quoi faire de son corps dans Rio Bravo : ce n’est pas le cas de Jorge Rivero qui paraît de temps à autres bien maladroit dans les instants intégralement tenus par les dialogues, et particulièrement dans les scènes où il tient la réplique à Jennifer O’Neill, le pauvre semblant ne pas savoir quoi faire de ses bras ni quelle expression du visage adopter. Mais il se montre très athlétique dans les scènes d’action ou, dans une moindre mesure, dans celles qui font appel à un important déplacement du corps.
En clair, Rivero, qui n’a pas à rougir de ses capacités d’acteur, n’a surtout pas dû être très conseillé par Hawks, pas plus que Christopher Mitchum ; toutefois cela se sent moins pour ce dernier, ses scènes étant moins nombreuses. Quant à John Wayne, et bien contrairement à sa très belle composition dans Rio Bravo par exemple, il fait du John Wayne, ni plus ni moins. Il cabotine un peu, fait les gros yeux, joue le papi confortable…
Tout cela est très bien, d’autant que Wayne n’est plus un débutant et que son jeu semble donc toujours juste, mais aussi un tantinet décevant quand on voit ce qu’il peut faire d’excellent dans tant d’autres films. Jennifer O’Neill, en ce qui la concerne, s’entendait bien avec Hawks au début du tournage.Puis les choses se sont envenimées entre eux, et Hawks, de rage et par envie de rabaisser son actrice, a considérablement réduit ses apparitions dans le script, et donc dans le film.
Le pire étant que cela se trouve être sans aucun doute l’une des grosses faiblesses de Rio Lobo : Jennifer O’Neill occupe l’écran assez souvent au début de l’intrigue post-Guerre de Sécession, pour ne plus faire que deux ou trois figurations anecdotiques à la fin du film.L’unité créé par la troupe d’acteurs au commencement du film s’en trouve bouleversée, et le rôle d'O’Neill apparaît alors comme déroutant, de moins en moins intéressant, pour ne pas dire inutile.
Rio Bravo et El Dorado présentaient des personnages typés, présents, restant chacun à leur niveau donné au départ et évoluant au gré des mouvements du récit. Rio Lobo, lui, fait voler en éclat ces règles en raison des mésententes sur le tournage, et cela nuit encore un peu plus à un ensemble déjà fortement affaibli.