par Alexandre Tylski, Université Toulouse II (suite 7)
Rapports d’identification
Si le voyage en voilier est une initiation pour ce jeune auto-stoppeur,il l’est aussi pour Andrzej.Car ce jeune a du caractère et a une influence notable sur son aîné. Ce dernier sifflera sans s’en rendre compte le même air que l’auto-stoppeur, s’entraînera secrètement au couteau comme ce jeune et sera irrité de le voir grimper au mât si aisément.L’auto-stoppeur est têtu,voire insolent,et lance au milieu du repas:"mouton"Le mari se sent offensé croyant à une vague insulte, mais le jeune reprend : « Un mouton dans le ciel, ce nuage ressemble à un mouton. » Andrzej, n’est derrière sa façade de capitaine, qu’un pantin du pouvoir (il a en les signes extérieurs de richesse).
Le jeune, lui, a un caractère bien trempé, peut-être parce qu’il est un voyageur,indépendant, cosmopolite, tout comme Polanski :«Je suis fier d’être un nomade. J’ai toujours pensé à aller ailleurs. D’aussi longtemps qu’il m’en souvienne, j’ai trouvé ridicule l’importance que les gens attachent aux frontières. (…) A l’école, on me traitait de cosmopolite. C’était un crime pendant l’époque stalinienne ! » (propos publiés dans Téléciné n.147, 1968).
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Le mari, lui, est « installé » dans son confort mais envie sans nul doute la liberté de ce jeune. Inversement, Krystyna dira au jeune à la fin : « Il était comme toi. Tu rêves d’être lui. » Le jeune enfilera d’ailleurs la chemise de nuit du mari.Début de"transfert"et de transformation (à l’image peut-être du ciel dans le film qui ne cesse de muer).Pourtant, le film ne saurait justement se résumer à cette lutte. Comme le souligne Jean Collet : « La nouveauté – par rapport à Mammifères – c’est qu’auprès de ces deux coqs, il y a une femme.
Par sa nature elle est étrangère à ces jeux masculins.Elle pourrait s’y exalter,encourager la lutte,chercher un vainqueur.Au contraire,elle en ressent la vanité profonde.Elle sait qu’il n’y a jamais ni vaincu,ni vainqueur qu’au terme de cette « escalade », il faut un mort. Et un remords."(Télérama, 16/04/1967).La nouveauté aussi est la sensualité avec laquelle Polanski filme désormais, de par le sujet certes, mais aussi par la possibilité qui lui est enfin offerte de développer, dans l’étirement, le lien entre le corps et la caméra – et non plus dans la vitesse comme ce fut le cas dans ses premiers courts-métrages.