par Alexandre Tylski, Université Toulouse II (suite 6)
Etre gonflé ou se dégonfler
LE COUTEAU DANS L'EAU décortique les compétitions incessantes entre un homme d’âge mûr et un jeune étudiant. Elles ont l’aspect par exemple d’une compétition de « soufflage de matelas » à l’intérieur du voilier : qui gonflera le plus vite ? Polanski filme la scène, sans équivoque et avec beaucoup de dérision. Cette émulation masculine devient burlesque: les deux hommes soufflent et scrutent avec envie et inquiétude la taille du gonflage de l’autre. Polanski reviendra sur cette idée de gonflage(ces deux hommes n’ont-ils pas la tête qui enfle par leur orgueil démesuré ?) lorsque Andrzej soufflera dans son crocodile en plastique, Polanski s’arrangeant pour que le crocodile soit à hauteur de ceinture – donnant ainsi l’illusion que cet homme gonfle son propre sexe.
Les allusions sexuelles sont ainsi distillées tout le long du film. D’abord la voiture, puis la compétition autour des jonchets et du lancée de couteau. Les deux hommes, côte à côte, parleront aussi de la taille de la boussole : « Grosse boussole », lance le jeune homme. "Trop grosse pour l’auto-stop"répond Andrzej. Et le voyage pour eux d’être un éternel défi : qui abandonnera le premier ? Qui s’en ira (le jeune homme est tenté à plusieurs reprises de partir) ? En somme, qui se dégonflera et qui aura le dessus sur l’autre ?
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Lorsque Andrzej apprend au jeune à se servir du « manche », à conduire le voilier, il raille son incompétence novice alors que les cordages du voilier fouettent furieusement son jeune visage comme des coups de fouets. Andrzej cherche a instauré (à instaurer) un rapport de maître à élève sado-machiste (on pense alors au Gros et le Maigre en 1960 et plus tard au lien maître-élève du Bal des Vampires en 1967 et de Pirates en 1986). Mais l’auto-stoppeur, comme tous les novices dans les films de Polanski, ne se laisse pas faire.