par Alexandre Tylski, Université Toulouse II (suite 5)
La masculinité selon Polanski
Dans La Bicyclette (1955), Polanski racontait comment un jeune malfrat l’avait assommé pour le voler. Dans Le Meurtre, un an plus tard, un gros bonhomme tue un jeune homme en le poignardant. Dans Rire de toutes ses dents, la même année, le mari d’une charmante jeune femme rit au nez du jeune voyeur. Dans Cassons le bal (1957), des voyous séparent violemment un jeune homme de sa cavalière. Dans Deux hommes et une armoire (1958) une bagarre virile éclate après la fuite d’une jeune femme.
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Dans Quand les anges tombent(1959) deux hommes se font face et l’un d’eux finira inévitablement par tuer l’autre. Suivront les conflits de pouvoir et « de territoire » là aussi essentiellement masculins dans Le gros et le maigre (1960) et Les Mammifères (1962).
LE COUTEAU DANS L'EAU prolonge et surtout développe la perpétuelle violence des relations viriles vues par Polanski (sans compter les films suivants : Cul de Sac en 1966 ou encore Pirates dix ans plus tard), avec souvent, au cœur des luttes, un couteau (symbole phallique s’il en est) et une femme. Avec LE COUTEAU DANS L'EAU c’est aussi une femme au cœur de la guerre psychologique : « Dans l’espace étroit que représentent le pont et la cabine du voilier ce corps de femme à demi nu, qui va et vient entre les deux hommes, crée un climat érotique qui souligne et aggrave la tension psychologique. » (J. de Baroncelli,Le Monde, 26/04/1963).
Il y a, depuis les débuts de Polanski, quelque chose de « primitif » dans les fondements thématiques mêmes de ses récits, un éternel retour aux violences basiques et à une forme lointaine, ancestrale, de barbarie. LE COUTEAU DANS L'EAU est un des films, sinon le film, de Polanski où les rapports de force virils aura été une manière d’aborder en fait les rapports de corps en présence et de territoire, l’affirmation de l’identité sexuelle, mais aussi la question de l’humiliation et du pouvoir.Les"duos"chez Polanski,en réalité souvent"duels" permettent au cinéaste de revenir sur la loi de la rue et de la survivance, questions originelles, existentielles et intemporelles.