par Alexandre Tylski, Université Toulouse II (suite 2)
Premières bases
LE COUTEAU DANS L'EAU est inspiré d’un voyage de Polanski en Mazurie (nord de la Pologne). C’est là qu’il découvre la voile : « Ce fut Kika qui me fit connaître les délices de la voile. Je passai avec elle quelques semaines idylliques au cours de l’été 1954 (…) j’ai appris les rudiments de la plaisance avec ses amis – une petite fraternité de plaisanciers avec ses signes de reconnaissance personnels, son jargon ésotérique et son dédain pour les terriens. » (A p. 158). De là sans aucun doute, ces images précises, empiriques, cette description (fascination) authentique pour l’eau et la voile imprimée dans LE COUTEAU DANS L'EAU.
Polanski écrit d’abord une nouvelle puis, sur les conseils du directeur artistique du groupe Kamera, écrit un scénario. Il demande à Jerzy Skolimowski (alors étudiant) de l’aider à consolider le script. En ressort beaucoup de bonnes choses pour le jeune Polanski. Ce dernier dira à propos du futur grand réalisateur polonais, Skolimowski: « Il est très sévère, très organisé et il m’a beaucoup appris. Il peut passer des heures à rayer dans un dialogue les lettres inutiles, je dis bien « des lettres » !Et c’est vraiment là que j’ai vu que, dans un dialogue, les « ah », « mais », « ben », et tout ça, c’est vraiment de la m… ! des trucs de faux dialogues qui prétendent imiter le langage parlé. »
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(propos publiés dans Les Cahiers du Cinéma, numéro 75)
Roman séjourne un temps en France avec sa femme, Barbara, et ré-écrit sans cesse son scénario pour lui donner la meilleure construction possible. Et il le remanie en « ajoutant ici ou là des bouts de dialogues destinés à augmenter l’engagement social » (A, p.233). Cet aveu de Polanski sur l’engagement social en dit assez long sur son rapport à la politique.
Toujours un peu à l’écart de l’actualité politique (comme on le verra avec l’épisode de mai 68), mais avec laquelle ses films sont inextricablement liés. Pour l’heure, Polanski « politise » davantage son scénario (discours sur la misère à la fin du film par exemple) et parvient ainsi à séduire le ministère de la culture polonaise. Il obtient les fonds, part en Pologne tourner son film en plein été 1961 et prend soin de s’entourer de visages familiers, des camarades de Lodz pour la plupart.
Pour les interprètes, il engage Leon Niemczyk (Andrzej, le mari) que Polanski décrit ainsi: "acteur de théâtre expérimenté et bel homme dont le léger maniérisme convenait bien au personnage. » (A, p. 234). Roman envisage un moment de jouer lui-même le rôle de l’auto-stoppeur mais a peur d’être taxé d’égocentrique à force de vouloir tout faire. Il donne ainsi le rôle à Zygmunt Malanowicz, « un jeune acteur tourmenté dont le physique était idéal pour le rôle » (Ibid.). Il propose au départ à l’actrice Eva Kazyzewska (actrice dans Cendres et Diamants de Wajda) mais celle-ci refuse de tourner avec un débutant.
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Polanski engage donc Jolanta Umecka (Krystyna, la femme), une non-professionnelle qu’il remarque dans une piscine à Varsovie. « La jeune femme dont j’avais besoin devait passer pour assez quelconque quand elle était vêtue. En même temps, quand elle se montrait en bikini, il fallait qu’on soit surpris de la voir opulente et voluptueuse. » (Ibid.).