Analyse par Alexandre Tylski, Université Toulouse II
« C'est avec son couteau qu'il coupait le pain dur (...) c'est avec son couteau qu'il grattait les fruits pourris (...) c'est avec son couteau qu'il se taillait des bâtons de voyage (...) c'est avec son couteau qu'il exerçait tous les arts de la vie. » (Anatole France, in Le Mannequin d'osier, OE., t. XI).
Les réactions face au COUTEAU DANS L'EAU
Avant même sa sortie en salles en Pologne, LE COUTEAU DANS L'EAU est unanimement incompris (exception faite de « Polityka »). La revue des jeunesses communistes, « Drapeau de la Jeunesse », publie un texte fort négatif à l’encontre du film : « Rien ne nous touche particulièrement.Le réalisateur n’a rien d’intéressant à nous dire sur l’homme contemporain" N’appréciant guère l’identité pour le moins libre et cosmopolite de Polanski dans une Pologne puritaine, un autre critique va plus loin et écrit : « Tout ce que Polanski possède en fait de diplôme de cinéma, c’est un permis de conduire international ! »
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Au final, devant pareille contre-publicité, le groupe Kamera sort LE COUTEAU DANS L'EAU fort timidement, sans même de première. Polanski, dépité, quitte la Pologne. Pour cette raison-là, mais aussi pour bien d’autres encore, il ne tournera plus jamais de film en Pologne – jusqu’au Pianiste quelques quarante ans plus tard.
En France, LE COUTEAU DANS L'EAU (projeté avec Les Mammifères) est en revanche très apprécié, bien que mal distribué. François Weyergans : « Dans une lettre, Rilke fait la différence, à propos de Van Gogh et de Manet, entre le « jamais-peint » et le « pictural ». Le « pictural » au cinéma, ce serait précisément Polanski, c’est à dire cet effort vers une soumission à « l’achèvement dans le temps de l’objectivité photographique. »
(Cahiers du Cinéma, n. 144, juin 1963)
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ou encore Jean de Baroncelli : « Comment une jeune femme découvre que son mari, sous des traits d’intellectuel arrogant, n’est qu’un sot et un fat, qui mérite d’être trompé : voilà en deux mots, ce que raconte le film. (…) décrit avec une sûreté et une délicatesse de toucher remarquables. Rien n’est appuyé (…) le réalisateur joue à merveille avec l’ironie. » (Le Monde, 26/04/1963).