Après IP5, vous abandonnez le cinéma pendant quasiment une décennie.
Oui et non, mais en fait non, car j’ai fait du cinéma du réel. J’ai fait trois heures avec les Japonais, j’ai fait un documentaire sur le loft (Loft paradoxe en 2002), j’ai tourné un film en Roumanie, j’ai produit d’autres documentaires, c’est pas du vide.
Mais la fiction ne vous manquait pas ? Vous n’étiez pas frustré de ne plus pouvoir vous exprimer à travers elle comme dans les années 80.
Non, car il faut que les conditions soient réunies.
Et être sur le devant de la scène, cela ne vous manquait pas ?
Non, c’est ça que les gens ne comprennent pas. Je suis beaucoup plus solide que cela. Le décorum ne m’intéresse pas. La célébrité, j’en ai rien à foutre. Je fais ce qui me plaît, quand cela me plaît, et comme je veux. Et je ne crains personne, ou tout le monde, ni plus ni moins. J’ai des grandes joies ailleurs que dans le cinéma.
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Vous savez quand vous êtes l’un des premiers à pénétrer en Roumanie à la chute de Ceaucescu et que vous vous retrouvez dans des asiles avec des enfants autistes abandonnés, cela vous tient pendant un an et demi. Vous pouvez le voir, cela ne dure que vingt-huit minutes regardez-le. Et puis il y a également ce film là (il me pointe du doigt l’affiche d’Assigné à résidence, un court qu’il a réalisé en 1997), il y aura bientôt un long métrage. Spielberg en a acheté les droits pour en faire un film. Il dure vingt-huit minutes et a été vendu dans le monde entier. C’est mon meilleur film.
Faut juste avoir l’occasion de voir vos documentaires...
Mais vous allez les avoir puisqu’ils seront tous sortis dans les DVD. Vous avez vu Otaku (un documentaire de 1994) ?
Non.
Voyez-le ! C’est ça le problème qu’on a, en particulier avec les revues généralistes. Si quelqu’un est dans le cinéma et s’il se met à faire de la sculpture, cela n’intéresse personne car il n’est pas sculpteur, il est cinéaste. On va dire qu’il se sert de sa notoriété de cinéaste pour faire de la sculpture. Mais la question, c’est de savoir si ses sculptures sont bonnes ou pas. On a du mal à avoir l’esprit clair par rapport à des choses comme cela. Moi, j’ai fait des documentaires. Or on oublie que c’est la base même de l’enseignement cinématographique. En particulier dans l’une des plus grandes écoles du cinéma mondial qui est l’école polonaise de laquelle sont sortis Polanski, Kieslowski, Zanussi, tous les plus grands metteurs en scène polonais.
Vous êtes revenu à la fiction en 2001 avec Mortel transfert. C’était également un retour à un cinéma ultra-stylisé façon La lune des caniveau. Encore une fois, l’échec est au rendez-vous alors que vous aviez investi beaucoup de votre argent. Avec du recul, comment expliquez vous l’échec du film, qui avait pourtant de gros atouts ?
Vous avez lu les critiques ? Je peux vous en montrer...
Oui, mais les critiques ne font pas forcément le succès et l’échec des films...
Si, dans certaines circonstances. C’est comme les principes actifs de certains médicaments. A dose homéopathique, cela peut vous faire beaucoup de bien, mais vous passez certaines doses et c’est mortel. On ne peut pas avoir les critiques qu’a eu ce film. Il faut regarder comment ce film s’est fait, quand il est sorti, la manière dont il a été sorti, la campagne d’affichage, l’affiche et le climat critique. Vous pouvez prendre toutes les critiques, il n’y en a pas une seule de bonne.
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Et quand je dis pas bonnes, elles sont toutes carrément pires que celles de La lune dans le caniveau et je les ai toutes relevées. Comme j’écris un livre là-dessus, je veux mettre ça noir sur blanc car ce qui est important c’est qu’il y ait justement des gens comme vous qui avez vu La lune dans le caniveau, qui aimez La lune, des gens qui se diront mais qu’est-ce qu’on nous raconte, quand on leur mettra sous le nez ces critiques.
Et vous allez voir, ces critiques, ce sont les mêmes qui avait dit que Diva était un film nul, sans intérêt, sans histoire, sans acteur, tout en surface, sans aucune profondeur, alors que c’est une histoire qui vous parle exactement de tout ce qui se passe aujourd’hui. C’est-à-dire le culte, la copie, la relation du public avec l’artiste, les pirates, la duplication et tout ce que cela entraîne. Tout est dans ce film. Il n’y a rien de plus moderne. C’est un film sur la technologie et l’utilisation de la technologie à des fins personnelles, c’est tout le problème de la licence légale, c’est tout le problème du piratage, c’est tout le problème de la duplication. Et le discours de l’artiste, c’est de dire que chaque œuvre est unique. Quand vous aurez reconnu cela, alors, à ce moment-là vos pourrez dupliquer.
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Mais avant il faut comprendre qu’il existe une œuvre unique. Or, ce qu’on fait aujourd’hui, ce sont des copies d’œuvres. Les films se regardent les uns les autres. Et c’est pour cela que le cinéma devient moins bon, non pas parce qu’il n’y a pas de gens talentueux, mais parce qu’il y a tout un système qui vous amène à refaire le sequel du film précédent. Alors vous comprenez bien que ce n’est pas par hasard que le "pharmacien" a voulu modifié Diva, il le faisait déjà quand il était "pharmacien" : "Nouveau, avec des bulles" ! Mais c’est la même formule !!! C’est pour cela que je ne veux pas le lâcher.Si je perds, c’est tous les artistes qui vont perdre. Nous sommes dans une lutte fondamentale. Ce n’est pas seulement une histoire d’artiste, de caprice, non, ce sont les fondamentaux d’une époque, c’est là qu'on se retrouve, c’est là ou il faut se battre, relever le défi, pourfendre les menteurs et les tricheurs. Ça suffit !
Des projet de long métrage ?
Je vais faire un film qui s’appelle "Longtemps je me suis couché de bonne heure" d’après un livre de Jean-Pierre Gattégno que j’aime beaucoup . (Il avait déjà adapté son Mortel transfert, ndlr.) C’est une très très belle histoire d’amour, à la fois très étrange et très insolite. Ca va être très très bien.
Propos recueillis à Paris, le 18 avril 2006
Frédéric Mignard
Récompenses
César de la meilleure première œuvre : Jean-Jacques Beineix
César de la meilleure musique : Vladimir Cosma
César de la meilleure photographie : Philippe Rousselot
César du meilleur son : Jean-Pierre Ruh
National Society of Film Critics (NSFC) 1983 : meilleure photographie à Philippe Rousselot
Divers
-À partir de novembre 2007, le distributeur américain, Rialto Picture, rediffuse le film dans les salles américaines à l'occasion du vingt-cinquième anniversaire de la première sortie du film aux USA.
-Brigitte Lahaie, célèbre actrice de films érotiques et pornographiques fait un caméo dans la dernière partie du film. Sa jupe est soulevée par le courant d'air d'une bouche de métro. Le plan est un clin d’œil à la scène de Marilyn Monroe dans le film Sept ans de réflexion.