Daniel Parejo & Lourdes Naharro (la soeur d'un des 2 réalisateurs et acteur )
Ce point de départ permet au film de rassembler dans un même récit des personnages atteints de trisomie et d'autres qui ne le sont pas, en les appréhendant chacun à la fois dans et à l'extérieur de son milieu. L'intérêt, théorique, du personnage de Daniel tient au fait qu'il n'appartient vraiment ni à l'un ni à l'autre : trop normalisé pour vouloir vivre avec ceux qui souffrent du même mal que lui, trop "handicapé" différent pour être considéré par les gens qu'il fréquente pour être comme un égal.
Cette tragédie intime qui le mine, et qui se dévoile au fil de sa relation avec Laura, met en perspective, du point de vue d'une personne trisomique, le regard que portent sur lui ceux qui ne le sont pas.Ce qui frappe dans ce film, et ce qui fait sa réussite, c'est la justesse du ton, qui doit autant au talent des acteurs (qu'ils soient trisomiques ou non), qu'à la distance adoptée par les auteurs vis-à-vis d'eux, et au dispositif proche du documentaire qu'ils ont adopté pour les filmer.Une série de scènes,très belles,tournées dans un centre de danse pour personnes mentalement déficientes (il y en a aussi) contribuent notamment à cet ancrage documentaire, qui donne au film toute sa justesse.
*
Complices en écriture depuis quatorze ans, Alvaro Pastor et Antonio Naharro, ont écrit ensemble plusieurs scénarios, et co-réalisé un court métrage, One more, One less, dans lequel ils abordaient déjà la question du handicap mental. Cette question, comme on le voit ici, permet d'interroger la notion de normalité, et la place qu'elle occupe dans nos sociétés.
Le regard que portent les réalisateurs sur leurs personnages -avec qui, l'on l'imagine, ils ont dû passer beaucoup de temps (un des réalisateurs a lui-même grandi aux côtés d'une sœur trisomique) - fait le reste.Loin de tout angélisme, c'est avec eux, en les faisant apparaître pour ce qu'ils sont, c'est-à-dire des individus capables de réfléchir,d'aimer,de souffrir,de jouir,autant que n'importe quel individu*,que les auteurs ont pensé leur film. En tentant à la fois de montrer ce qui les unit au reste des hommes,et ce qui les sépare, irrémédiablement.
* Sans doute plus.Combien de "n'importe quel individus" sont handicapés par l'égoïsme et incapables d'aimer ?