La critique d'Olivier Bitoun
Le grand propriétaire Randall Bragg (Jeremy Irons)–et ami du président- impose sa loi sur la petite bourgade d'Appaloosa au Nouveau-Mexique. Lorsque le shérif et deux de ses adjoints osent pénétrer sur ses terres pour arrêter deux de ses hommes de main, Bragg n'hésite pas à les abattre.
Les habitants d'Appaloosa font alors appel au célèbre marshall Virgil Cole (Ed Harris) pour ramener l'ordre dans leur ville. Secondé par son fidèle compagnon de route Everett Hitch (Viggo Mortensen, comme toujours impérial), Cole impose une loi drastique à Appaloosa. Tandis que certains s'inquiètent à l'idée qu'ils ont nommé un nouveau despote à la tête de leur ville, d'autres craignent les représailles de Bragg...
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On le voit,"Appaloosa"deuxième long métrage d'Ed Harris, ne brille pas par l'originalité de son sujet.Cette volonté de s'inscrire totalement dans le genre, quitte à paraître désuet, ce refus de transgresser ou de jouer avec des codes établis sont en soi un beau geste de la part de l'acteur-cinéaste qui montre ainsi un infini respect pour tout un pan du cinéma américain et pour la forme classique du septième art en particulier.Ed Harris prend tout son temps pour décrire les relations entre Virgil et Everett personnages magnifiquement écrits,complexes et passionnants qui portent le film sur leurs épaules.
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Cette attention portée aux personnages se retrouve dans toute une série de seconds rôles ainsi que dans le méchant de service, Randall Bragg, qui n'est pas une simple présence maléfique permettant de révéler la vérité et la profondeur des deux héros, mais une vraie figure dérangeante et tragique.Ce qui nous donne l'occasion de retrouver le talent d'acteur de Jeremy Irons qui ces derniers temps s'était quelque peu laissé aller au cabotinage.
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Seule ombre au tableau d'un casting admirable, une peu convaincante Renee Zellwegger dans un rôle pourtant très intéressant.Le récit, s'il se construit autour d'images et de situations iconiques du genre, est formidablement agencé et surprenant. Harris et son co-scénariste Robert Knott (acteur aperçu dans « Pollock ») imbriquent parfaitement différents thèmes - la fondation d'une communauté, la légitimité de la violence, la trahison et la fidélité – en trouvant à chaque fois l'enjeu narratif idéal pour les porter. Plusieurs fils sont ainsi tour à tour déroulés : Bragg qui réveille la part d'ombre de Cole, la question du respect ou du contournement de la loi, l'amitié, le triangle amoureux...
Là où Harris et Knott font preuve d'une grande maîtrise dans l'art du récit, c'est par le naturel avec lequel ils multiplient récits annexes et seconds rôles étonnants, dont ils font constamment bifurquer le récit, ouvrant de nouvelles pistes tout en gardant le cap de leur film. La mise en scène posée de Harris, le rythme parfait qu'il insuffle à son film - à la fois lancinant et évitant toute digression inutile -et la splendide photo de Dean «Danse avec les loups »Semler font le reste.
En deux films discrets mais parfaitement maîtrisés, Ed Harris a su s'imposer comme un grand réalisateur, et son « Appaloosa » restera comme l'une des plus belles incursions du cinéma contemporain dans le western depuis « Impitoyable » de Clint Eastwood.(C'est tout à fait mon avis...d'accord sur tout)
Olivier Bitoun