Critique de Marie Bigorie (12 septembre 2006) fin
C’est à travers le symbolisme de cette architecture intérieure que Sternberg suggère les secrets qui se trament. Le film se déroule pour l’essentiel en intérieur ; rares sont les plans tournés en extérieur.Chaque parcelle de l’ornementation, chaque détail d’accoutrement sont présents pour dire une vérité cachée. Sternberg se débarrasse de considérations psychologiques pour élaborer une construction purement plastique, aux frontières de l’abstraction qui mêle le style art-déco et le foisonnement du baroque. Il s’agit de déceler un passé, une histoire de dettes et de revanche.
Ainsi ressurgissent la mémoire inconsciente et la monstruosité du vice à travers les formes, les structures du décor, les indices, à travers la coiffe « gorgonesque » de Mother Gin Sling digne de Méduse avec ses serpents entrelacés, les gueules béantes des dragons en papier ou les figurines peintes sur les murs du salon.La mémoire, le tragique et le vide résident dans cette architecture irrégulière où l’informe, le trouble et le mystère prennent plastiquement forme et deviennent ce qu’on nomme une mise en scène. « L’esprit du mal plane, comme une réminiscence de cauchemars oubliés. »
Marie Bigorie (12 septembre 2006)