La critique du cinéphile Stakhanoviste -2
Dès la première séquence dans le casino, un plan d'ensemble en plongée parcoure la salle de jeu dépeinte comme un immense magma grouillant de vie, un précipice où l'attrait du vide entraînera la perte des plus faibles.C'est le destin qui attend la malheureuse Poppy (Gene Tierney) jeune femme en quête de sensation qui va connaître une terrible descente aux enfers. Gene Tierney donne une de ses plus troublantes et fascinantes prestation avec cette figure tragique.La dégradation morale et physique se fera graduellement avec un sens du détail minutieux et pervers de la part de Von Sternberg. Poppy nous apparaît ainsi sûre d'elle et arrogante durant sa première apparition, mais sa coiffure stricte, sa robe élégante mais sobre (dont Victor Mature rabattra le tissu sur son épaule dénudée) et le mot d'esprit de Mother Ging-Sling qui la laissera sans voix montre clairement son innocence et vulnérabilité face à ce monde.
Alors qu'elle s'enfonce dans le jeu et les dettes,les robes se font de plus en plus provocantes les maintiens contenu issu de son éducation laisse place à des poses lascives (créant un mimétisme avec la dépravée Phyllis Brooks) et symbole ultime elle lâche ses cheveux pour signifier cet abandon à la luxure ambiante L'actrice n'a jamais été plus vénéneuse et sensuelle (si ce n'est sans doute dans Péché Mortel), irradiant l'écran par ce mélange de séduction et de fragilité.
Le film est aussi le constat d'un impossible rapprochement entre l'Orient et l'Occident.Les européens sont tous dépeint comme hautain et racistes mais les autochtones plein de vices ne valent finalement guère mieux.Le magnat incarné par Walter Huston (parfait de distinction arrogante) fait peu de cas des commerces qu'il fera disparaître pour l'avancée de ses affaires.De son côté Mother Ging-Sling n'hésitera pas à totalement pervertir la fille de son ennemi pour conserver son casino.