La critique du cinéphile Stakhanoviste -1
Shanghaï, enclave internationale, ville paraissant livrée à elle-même, peuplée d'individus de toutes nationalités. Des personnages au nom d'emprunt, au passé secret, évoluent dans un casino luxuriant appartenant à une femme non moins mystérieuse appelée Mother Ging-Sling Poppy Smith découvre ce lieu fascinant et, sous l'influence d'un Égyptien indolent, plonge dans l'enfer du jeu.Cependant, le casino est menacé d'expropriation par un milliardaire qui accapare peu à peu le quartier. Mother Ging-Sling, jouant de ses relations, cherche à découvrir l'identité de l'acheteur pour le faire tomber.
Dix ans après son fameux Shanghai Express, Von Sternberg gouttait à nouveau aux saveurs toxiques du monde oriental avec ce Shanghai Gesture. Il accentue ici les motifs de son classique de 1931 qu'il tire vers plus de noirceur.On retrouve notamment le sentiment de claustrophobie de Shanghai Express mais l'ambigüité le situant entre protection et enfermement devient ici un pur enfer étouffant avec le casino. Le happy-end est ici troqué pour un final d'une noirceur absolue et on suppose que c'est sans doute la censure qui a empêché Von Sternberg à ne pas forcer le trait plus encore.
La pièce originale de John Colton dépeignait elle carrément une maison close remplacée ici par le casino mais le réalisateur en fait un lieu d'oubli et de perdition tout aussi terrifiant malgré ce changement.Le casino représente dans un cadre restreint le microcosme de ce qu'est la vision de Shanghai selon Von Sternberg : une Babylone moderne cosmopolite, viciée et dangereuse où seuls les plus corrompus peuvent survivre.