Comédiens et personnages
Pour Simone, le frère criminel, Visconti s'est inspiré du caractère authentique de Renato Salvatori, homme sentimental, très lié à sa mère mais aussi excessivement passionné et capable d'accès de violence incontrôlée. Annie Girardot lui paraissait idéalement propre à incarner Nadia, la semi-mondaine qu'aime Simone.Visconti l'avait précédemment dirigée au Théâtre des Ambassadeurs à Paris, en 1958, aux côtés de Jean Marais, dans la pièce Deux sur la balançoire. Il avait remarqué son tempérament mélancolique, dû aux blessures de son existence : la séparation d'avec sa mère et la morphinomanie de son père.
La préparation du scénario fut partagée en "blocs narratifs", chacun centré autour d'un des cinq frères Parondi. Suso Cecchi d'Amico fut, comme à l'accoutumée, chargée d'établir le scénario définitif. Luchino Visconti attachait, évidemment, beaucoup d'importance aux personnages et aux comédiens susceptibles d'incarner ces rôles. Sur ce point, il fut, comme souvent, inflexible. Le choix des acteurs fut d'ailleurs une des pommes de discorde qui provoqua la rupture avec le producteur Franco Cristaldi.
Katína Paxinoú, familière des rôles d'Électre et de Jocaste, n'eut, pour sa part, aucune difficulté à camper le rôle de cette mère "mélodramatique, nerveuse, envahissante, autoritaire...", à la façon d'Anna Magnani, telle que la désirait Luchino Visconti."Cette Hécube lucanienne (?), c'est un peu la Grèce", remarquait Katína Paxinoú. Quant à Rocco, il constitue l'hommage de Visconti à Rocco Scotellaro, cet écrivain originaire de Lucanie, un de ceux qui firent entendre "la voix profonde" du Sud.
Dès qu' Olga Horstig, agent des grandes vedettes françaises, lui présenta Alain Delon, Visconti reconnut, d'emblée, le protagoniste recherché. "J'avais besoin, dira Visconti, de cette candeur...Si on m'avait contraint à prendre un autre acteur, j'aurais renoncé à faire le film. D'autant qu'il a la mélancolie de qui se sent forcé de se charger de haine quand il se bat, parce que, d'instinct, il la refuse."
Ciro, interprété par Max Cartier, apparaît, selon le critique Freddy Buache, comme le héros positif de cette œuvre. Il est la conscience lucide du réalisateur qui, rejetant la nostalgie et le fatalisme, s'inscrit dans la courbe irrépressible du mouvement de l'Histoire."Il a cessé de ne se définir que par son passé et son présent ; il fonde sa dignité sur son devenir. Avec Ciro, l'œuvre ample de Visconti devient enfin ce qu'elle est : un inoubliable et bouleversant cri de liberté", conclut Freddy Buache.