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 CINEMA :Les blessures narcissiques d'une vie par procuration
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CINEMA :Les blessures narcissiques d'une vie par procuration

VIP-Blog de tellurikwaves
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  • Créé le : 10/09/2011 19:04
    Modifié : 09/08/2023 17:55

    Garçon (73 ans)
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    ©-DR- Lee Marvin- POINT BLANK de John Boorman(1967) p2

    23/01/2012 16:30

    ©-DR- Lee Marvin- POINT BLANK de John Boorman(1967)   p2


     

    La critique de DVD CLASSIK

    Olivier Bitoun

    Dans l’île d’Alcatraz, après un braquage, Walker (Lee Marvin, comme d’habitude impérial) est trahi par son complice, Reese, et sa propre femme. Il est abattu à bout portant ("point blank" en VO) d’une balle dans le ventre et laissé pour mort. Survivant contre toute attente à la blessure, aidé par un mystérieux inconnu, il se lance dans une croisade vengeresse sous le prétexte affiché de récupérer la part du butin qui lui est due. Il retrouve rapidement Reese et découvre qu’il n’est qu’un pion d’un vaste consortium, « l’organisation », dont il décide de remonter la hiérarchie jusqu’au sommet.

    Point Blank est le deuxième long métrage de John Boorman et son premier film tourné aux Etats-Unis. En adaptant un roman de Donald Westlake, le cinéaste britannique signe en 1967 l'une des œuvres séminales du cinéma du Nouvel Hollywood. On y retrouve les figures de la modernité qui marqueront le cinéma américain des années 70 : brouillage des repères (dans la mise en scène, dans le récit, dans la perception qu’ont les personnages du monde qui les entoure), perte de sens (le parcours du héros n’épouse plus une trajectoire morale), de but (figure concentrique de la construction narrative), empêchement de l’identification du spectateur, refus de la psychologie, dialogues minimalistes ou non signifiants...

    un héritage européen dont Boorman se sert pour travailler de l’intérieur (il signe son film pour un grand studio) les codes du film noir. Il les défragmente, en propose une relecture à l’aune de ce qu’est devenu l’Amérique dans les années 60 (paranoïa, théorie du complot...) et plie leur logique habituelle à l’univers mental de son héros. Montage fracturé, ralentis et essais expérimentaux nous font partager la trajectoire de Walker, là où le cinéma noir classique aurait pris en charge son voyage au bout de la nuit au moyen d’une voix off ; les jeux d’ombres et de lumières sont remplacés par l’utilisation extrême des couleurs ; la nuit cède la place au plein soleil...

    Point Blank, avec ses images saturées de couleurs et de lumières, est un film aveuglant. Le fait de remplacer la nuit par le grand jour crée le sentiment d’un monde où tout est visible, mais où rien ne se voit ; et Walker se trouve confronté tout au long du film à des figures anonymes empêtrées dans un monde de manipulation et de surveillance, éléments symptomatiques de l'ère post-Kennedy. En quittant les ruelles sordides noyées de brouillard et d’ombres pour les grands espaces désertiques et vitrés de la cité, Boorman nous plonge dans un monde déshumanisé.

    Les personnages, les pantins de Point Blank font l’effet de zombies, figures sans âmes qui réagissent en fonction de quelques stimuli simples : survie, pouvoir. Ce ne sont plus des êtres humains mais des rouages de la gigantesque organisation que Walker remonte. Lui-même n’agit que dans un seul but : récupérer son argent. C’est une force brute que rien ne semble pouvoir arrêter, un concept. Par cette volonté jamais défaillante, il dérègle le mécanisme et la machine s’emballe d’elle-même. Walker n’a quasiment rien à faire : l’organisation (l’Amérique) s'autodétruit du seul fait qu’elle a été dérangée dans son fonctionnement, qu'elle a été nommée.

    Organisée jusqu’à l’extrême, cadrée, surveillant constamment chacun de ses rouages, elle est incapable de réagir à une force brute et primitive et s’écroule.Mais la trajectoire de Walker fait partie d'un projet plus vaste et Boorman, très finement, utilise un code classique du film noir et du cinéma américain en général (l'individu seul face au système) pour in fine le contredire. Un goût amer reste en bouche, Boorman évacuant toute notion de rédemption, thème central du cinéma noir, ainsi que tout effet cathartique pour ne garder du genre que l’absurdité des trajectoires humaines, l’implacable présence du mal et la déshumanisation (ou monétarisation) de la société.

    Il est étonnant de voir qu’un tel film ait pu être réalisé dans le cadre du cinéma commercial hollywoodien. Si John Boorman a pu expérimenter à ce point et livrer une œuvre purement conceptuelle, il le doit à la volonté de Lee Marvin de laisser les coudées franches à ce jeune cinéaste britannique. En déléguant son droit de regard sur le scénario, la distribution et le choix de l’équipe technique (droit que l’acteur possède par contrat) à Boorman, il impose à la MGM de lui laisser une totale liberté artistique. Marvin avait le nez fin : Point Blank est l’un de ces films qui font avancer le cinéma.






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